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lundi 25 avril 2016

Simon Picotte et le mécanisme du «stade du miroir»


SIMON PICOTTE ET LE MÉCANISME DU «STADE DU MIROIR»

 Les réseaux sociaux ont donné le droit à la parole
à des légions d'imbéciles qui avant ne parlaient qu'au
bar et ne causaient aucun tort à la collectivité.
On les faisait taire tout de suite. Aujourd'hui
ils ont le même droit de parole qu'un prix Nobel.

UMBERTO ECO


(Reprise d'un article publié sur Wordpress, 7 mars 2016)
 
Les origines de la schizophrénie peuvent être multiples. L’une de ses sources a été identifiée par Jacques Lacan (1901-1981), psychanalyste français, dont la plus grande contribution reste sa découverte du «stade du miroir». Dans le développement de la psyché, le stade du miroir est une étape de l’évolution vers la subjectivité de l’enfant. Le jeune enfant se saisit d’abord comme un autre; il parle de lui à la troisième personne du singulier. Lorsqu’il dit «il», il sous-entend déjà «je», mais ce «je» n’atteint pas encore sa conscience. C’est alors que le stade du miroir entre en scène. Si l’enfant franchit le stade, il accède au «je», c’est-à-dire à un moi authentique; mais s’il échoue, les termes permutent. Le «je» reste au fond un «il». «Je (il) suis»; «Je (il) veux». Dès lors, il met le pied dans la schizophrénie. C’est ce que nous allons tenter d’expliquer.

Depuis longtemps, la schizophrénie est caractérisée par des fantasmes de dissociation du corps. Le schizophrène se perçoit comme un assemblage de membres dans l’espace; son corps est disloqué. Chaque partie étant détachée de l’ensemble, il est incapable de se constituer comme unité organique, aussi vivra-t-il toute sa vie avec des angoisses terribles qu’il doit constamment neutraliser. «Je» est extérieur à lui-même, jusqu’à ce qu’un miroir lui rappelle son unité. Lorsque l’enfant réagit négativement à l’image de lui-même qu’il perçoit dans le miroir, il refuse de se reconnaître dans cette image et cherche à la déformer. Devant lui se cache cet autre qui est dans la glace et dont il refuse l’identification. Le reflété n’est pas le reflétant, comme dans le langage symbolique, le signifié se voit rompu du signifiant, et nous sommes-là dans la matrice de toutes schizes.

Le schizophrène développe alors une stratégie visant à reconstruire son image. Pour échapper à l’angoisse du corps morcelé et se conformer à l’unité que le reflet lui impose, il paie le prix élevé d’un «je» qui lui apparaitra toujours comme un objet extérieur et étranger à lui-même. C’est la parodie du célèbre «Je est un autre» de Rimbaud. Chaque fois qu’il affirme «je», il y a un «il» qui se manifeste comme un non-dit qui est sa vraie personnalité déviée. Lorsqu’il se regarde dans la glace, ce qu’il voit ne peut pas être lui. Il ne peut se reconnaître dans cet être petit, balourd et laid. Il est alors prisonnier du «je» «reflétant/reflété» qui ne renvoie à aucun terme extérieur. Le miroir est vide. La dissociation passe de l’angoisse de la dislocation du corps à celle de la personnalité déchirée entre un «je» inabouti et un «il» impuissant, inconscient. Pour rééquilibrer la déformation et comme il est devant le principe de réalité que lui renvoie le miroir, il se voit contraint constamment d’élaborer des personnalités spontanées et des délires labyrinthiques, sans plan ni préparation, qui feront la structure de ses délires psychotiques. Le schizophrène ne peut alors que se revêtir de la seule enveloppe charnelle de qui il aura connu «l’amour», celle de sa mère. On aura reconnu la trame du film Psycho de Hitchcock.

Je ne peux dire jusqu’où ce mécanisme des relations entre Simon Picotte et sa mère est conforme à ce schéma. Ne le connaissant pas personnellement, je ne peux qu’accéder à ses délires publiés sur le WEB et par courrier électronique. Mais comme pour une grande majorité de Québécois, il est probable que son père n’a pas opéré le seul geste qui lui était possible d’accomplir encore pour le sauver de la psychose en intervenant dans cette osmose malsaine. Aussi, l’enfant Picotte a-t-il été abandonné à son imaginaire maladif, s’effondrant dans ses fantasmes exprimés à travers les différents types de discours psychotiques.

Devant le miroir vide, qui reflète une identité négative à laquelle le schizophrène ne peut – ne veut – s’identifier, il s’engage alors à élaborer des fantaisies délirantes qu’il tient pour la réalité sur laquelle il a la toute-puissance. Ayant échoué le narcissisme primaire qui, à travers le stade du miroir lui permettait de se reconnaître pour ce qu’il est, ni meilleur ni pire, le schizophrène sombre dans le narcissisme secondaire qui le ramène à son état de pervers polymorphe. Ces perversions ressurgissent sous la forme de pulsions partielles selon les situations qu’il est forcé d’affronter. Recourant au sadisme, il m’informait ce matin, par courrier électronique : «Lundi matin une missive partira à un inspecteur de l’aide sociale avec la preuve que vous faites de la correction de texte de français au noir tout en collectant du BS. Soyez en avertis. s.p.». Lui, qui signe vaniteusement son nom à chaque insolence, se sent obligé de marquer de ses initiales seulement un geste de délation dont il ne tient ni les tenants, ni les aboutissants. De la diffamation, il passe à la délation. Comme la plupart des psychotiques, il croit en l’efficacité de la pensée magique sur le réel.

Ce sadisme renvoie à la personnalité paranoïaque qui prend forme dans la psychose schizophrénique. Celle-ci permet de mieux saisir le non-dit des délires de Simon Picotte. S’étant revêtu de la chair maternelle, Picotte ne peut que développer un désir homosexuel, désir dont il ne peut que se défendre car à la laideur physique que le reflet du miroir lui renvoie s’ajoute la déconvenue morale, l’anormalité. Nourri des ressentiments véhiculés par les Radio X, Simon Picotte se campe dans la dénégation et carbure aux délires pour étouffer l’irruption du réel dans son champ imaginaire. Tour à tour, tous les délires classiques défilent dans ses annonces. Son lien homosexuel, il le tient envers un autre troll qui se fait appeler Papitibi, un soi-disant avocat dont le langage insolent est celui d’un voyou de ruelle. Mais c’est son idéal, «mon maître», comme il dit dans l’un de ses courriers électroniques. À la fois figure paternelle et éraste, Papitibi est l’obsession érotomane de Picotte. Mais ce Papitibi n’a que faire d’un troll médiocre, alors c’est par le masochisme que Picotte se ressaisit. Il a spécifiquement créé ce compte Nodiffamation.com pour maintenir cette relation entre lui et ceux qu’il accuse de le persécuter, de le diffamer. Tel est la caractéristique même d’un délire de persécution.

C’est encore dans ce mécanisme psychique trouble que le délire érotique prend toute son importance. Revêtu de la chair maternelle, il cherche la figure de mâle avec laquelle s’accoupler et dès que je me dérobe à ses stratégies de séduction ou de chantage affectif, sa frustration le porte à me traiter publiquement de pédophile, car n’oublions pas que la structure, la schize opère la permutation du «je» et du «il». L’enfant Picotte, revêtu de la chair de sa mère, s’est fait rejeter comme il se rejette lui-même. Le délire de persécution d’abord, et Picotte de m’écrire : «Enfin, je crois que vous me détestez plus que vous aimez votre propre réputation», ce que le non-dit érotique entend ainsi : «je vous aime plus que vous aimez votre propre réputation», de là, nous entrons de plain pied dans le délire de jalousie. Car l’aveu de la détestation est précisément un aveu de dépit amoureux. Et s’il est vrai que j’aime plus ma réputation que je n’aimerai jamais cet individu qui n’a rien été pour moi sinon qu’un barbare issu de l’ère de l’Internet, je n’éprouve pas suffisamment d’affects pour le détester. J’ai trop de choses intéressantes à faire – y compris cet article – pour le perdre à haïr ou détester les autres de manière compulsive.

Reste alors la mégalomanie. Le chat se peint en lion. Il possède toutes les connaissances ce travailleur autonome, se place par-delà bien et mal, sanctionne les vérités et dénonce les diffamateurs, et tout cela sans aucune formation, ni études, ni travail. Seulement l’irruption de sa mégalomanie : il entend «même déclencher un méga recours collectif [contre moi] comme me le suggère mon « maître » papitibi que vous diffamez aussi. Il y a un paquet de mon [sic] qui vous cherche vous savez»… Le dieu Picotte célèbrera sa vérité et condamnera les diffamateurs à l’enfer éternel de sa fantaisie : «si un jour il vous prenait l’envie de supprimer vos mensonges sur moi, il me fera plaisir de supprimer la vérité sur vous». On ne peut obtenir meilleure démonstration de l’inversion psychotique. La schizophrénie de Simon Picotte s’est structurée en psychose et s’achève maintenant dans la psychopathologie.

S’il n’y avait en moi que le désir de me venger d’un méchant troll auquel j’ai eu le malheur un jour de recueillir les propos, je ne me donnerais pas toute cette peine de soigner ce texte. Le roman et le cinéma nous ont habitués à voir dans les psychopathes des génies du crime et du Mal transcendant. Pourtant, les Hannibal Lecter et autres Dexter sont rarissimes. Les annales de la criminologie sont remplis plutôt de sociopathes qui sont des êtres sans classe ni tenue, peu instruits, paresseux, rompus à la médisance et le parjure, vénaux à l’extrême, utiles à ceux qui ont besoin de faux témoignages. Parfois, certains deviennent des assassins, mais rarement des tueurs en série. De plus, la société québécoise est essentiellement orientée par son bon vieux masochisme catholique et non le sadisme anglo-saxon de nos Voisins du Sud. Simon Picotte est un psychopathe délirant et les réseaux sociaux attirent un grand nombre de ces individus sans qualités, comme disait Musil. Dotés de l’intelligence d’un cheval de course, ils n’ont pas les aptitudes de participer à aucun derby, aussi s’introduire dans les foyers par les écrans d’ordinateur pour colporter leurs méchancetés virales reste la limite de ce qu’ils peuvent accomplir

Jean-Paul Coupal
25 avril 2016

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