vendredi 30 mars 2018

L'affaire Bissonnette. D'une sale affaire à une affaire sale

Devant le juge Huot, Bissonnette lit une déclaration écrite. HBÉ, La Presse

L'AFFAIRE BISSONNETTE

D'UNE SALE AFFAIRE À UNE AFFAIRE SALE

LES FAITS.

En cette soirée d'hiver du 29 janvier 2017, quelques minutes avant 20 heures, un jeune homme entre dans la Grande Mosquée de Québec où vient de s'achever la prière. Il est en possession d'une arme de poing et d'une carabine. Il se met à décharger son arme sur les derniers assistants. Les témoins croient d'abord qu'il y a deux tireurs, et c'est ce qu'ils révèleront aux média qui se rendront sur place sitôt la zone sécurisée. Une chasse à l'homme s'ensuit qui ne donne aucun résultat jusqu'à ce qu'un jeune homme, Alexandre Bissonnette, âgé de 27 ans, étudiant en sciences politiques, se disant ouvertement xénophobe et nationaliste, contacte les policiers en vue de se dénoncer. Après plus de 50 minutes de jasette où il avoue son malaise et menace de se tirer une balle où il est stationné, la police vient enfin le cueillir. Le lendemain, il sera formellement accusé de six meurtres prémédités et de cinq tentatives de meurtres.

Les premiers témoignages avaient mentionné qu'ils étaient deux dans l'affaire et un étudiant en génie, Mohamed Belkhadir, a été arrêté par erreur dans la foulée de l'attentat. Il disait porter secours aux victimes lorsqu'il a été pris, à tort, pour un suspect. Après une nuit de garde à vue et d'interrogatoire, il est relaxé. Le lendemain, la police permet aux fidèles de retourner à la mosquée. Ce même jour, l'une des voix radiophoniques de la Radio X, qualifiée de radio-poubelle démagogique et xénophobe, fait un examen de conscience en ondes, tandis qu'André Arthur, une autre voix de la même sauce, raconte que l'une des victimes de la tuerie Azzeddine Soufiane, avait dû acquitter une amende de $ 4 250 du gouvernement pour insalubrité dans son épicerie-boucherie. Décidément, tous les poubellistes n'étaient pas prêts à faire leur examen de conscience. Un mois après l'attentat, Said Lamri, atteint de deux balles au dos et plongé dans un coma, reprend connaissance. Le nombre des morts de la tuerie se bornera donc à six.

La première question qui vient à l'esprit dans de tels cas consiste à se demander si ce crime aurait pu être évité puisqu'il est clair que Bissonnette n'appartenait à aucun mouvement radical – pas même à La Meute, groupe dirigé un temps par un ancien militaire et qui tient une position proche du vigilantisme américain. L'ancien agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Michel Juneau-Katsuya, affirme sur les ondes de la télévision d'État que les animateurs des radios X ont du sang sur les mains. André Arthur réplique en accusant Juneau-Katsuya d'être «à la solde et sous le contrôle de groupes terroristes islamistes». L'ancien agent intente une poursuite en diffamation contre Arthur et son employeur, Leclerc Com-munication. La salle affaire Bissonnete tombe dans la bouffonnerie. Au cours des longs mois qui suivront, le DPCP (Directeur des Poursuites Criminelles et Pénales) et les corps de police continueront à mener l'enquête et à étoffer les preuves qui ne sont pourtant pas si difficiles à rassembler puisqu'elles ne concernent qu'un individu. On sortira rarement le prisonnier de sa cellule, sauf pour comparaître pour la mise en accusation et la fixation de la date de son procès. Celui-ci devait débuter à la fin de mars 2018.

Un an après le drame, les familles de deux victimes de l'attentat, l'une tuée et l'autre grièvement blessée, affrontent le gouvernement du Québec en vue d'être reconnues comme des victimes d'acte criminel – ce qui paraît assez évident – et être indemnisés. La Direction de l'IVAC (Indemnisation des victimes d'un acte criminel) refuse de leur accorder le titre de victimes de l’attentat parce qu’elles n’en ont pas été des témoins directs! Ce qui est assez étonnant, compte tenu que les funérailles des victimes ont attiré la présence du Premier ministre du Canada, Justin Trudeau (toujours larmoyants), le Premier ministre Philippe Couillard, de la Province de Québec, des maires Labeaume (de Québec) et Coderre (de Montréal). Faudrait-il croire que des victimes d'attentats de masse ne sont bonnes qu'à permettre à des politiciens de se présenter en spectacle et non à coûter de l'argent à l'État?

Un an après les tragiques événements, des veuves se rassemblent sur les lieux du drame et s'adressent pour la première fois aux médias. Le lundi 26 mars, Alexandre Bissonnette plaide non-coupable aux douze chefs d'accusations portés contre lui, dont six de meurtres au premier degré, et six autres pour tentatives de meurtre. Il aurait déclaré toutefois qu'il songerait à plaider coupable. Le juge qui entend la cause, François Huot, de la Cour supérieure, demande alors une expertise de l'état mental de Bissonnette. Sitôt, les démarches sont frappées d'une ordonnance de non-publication. Le mercredi 28 mars, Bissonnette plaide coupable à toutes les accusations. Au-delà des motifs qui l'auraient mené à commettre l'attentat de janvier 2017, c'est désormais ce qui s'est passé entre le lundi où Bissonnette plaide non-coupable et entend subir un procès devant juge et jury et le mercredi 28 mars ou non seulement il enregistre sa culpabilité, mais délivre une déclaration écrite de regrets auprès des familles et des victimes, une lettre dans laquelle il s'avoue suicidaire, qu'il est contre l'immigration mais non terroriste ni islamophobe, ce qui est, en raison des déclarations retenues par l'accusation, un mensonge. C'est là que la sale affaire Bissonnette est devenue une affaire sale.


DES MOTIVATIONS OPAQUES

C'est tellement plus facile pour la Justice quand l'assassin se suicide ou est tué par la police, comme dans les cas de Marc Lépine après le carnage de Polytechnique (6 décembre 1989) ou celui de Kimveer Gill (13 septembre 2006) au Collège Dawson. Dans les cas où les assassins survivent, tel le caporal Lortie, auteur d'un attentat meurtrier au Parlement de Québec (8 mai 1984) ou du professeur Valery Fabrikant qui tua quatre collègues de travail et en blessa une autre (24 août 1992) au pavillon Hall de l'Université Concordia, à Montréal, il faut une batterie de psychiatres prêts à démontrer la folie ou la paranoïa des meurtriers. Il en a été ainsi de Richard Henry Bain, accusé d'avoir tué un opérateur de spectacle et blessé un autre à la salle du Métropolis en voulant en attenter à la vie de la candidate élue au poste de Premier ministre, Pauline Marois, chef du Part Québécois qui prône l'indé-pendance du Québec. Là aussi on a étiré les procédures avant de faire comparaître Bain afin de bien réaliser l'état mental pathologique de l'assassin. L'important, c'est que dans une démocratie libérale, et le Québec et le Canada sont des démocraties libérales, il ne peut y avoir de procès pour «crime politique». Si les deux fanatiques de l'État islamique, Martin Couture-Rouleau (20 octobre 2014) et Michael Zehaf-Bibeau (22 octobre 2014) n'avaient pas été tués par les policiers, ils auraient comparus sous les mesures votées par le Parlement canadien face aux actes terroristes. On évite ainsi de politiser le drame en le renvoyant au fanatisme religieux et à l'extrémisme violent. Ainsi donc, tout baignait dans l'huile pour la justice canadienne et québécoise jusqu'à cette sombre soirée de janvier 2017. L'un des problèmes qui se pose, en effet, est comment ne pas voir le procès Bissonnette se transformer en procès politique. Or les procès politiques, ça n'existe pas au Québec, même les felquistes, assassins de Pierre Laporte, n'ont pas été accusés de crime politique mais d'homicide, comme s'ils avaient tué n'importe quel quidam à la sortie d'un night club après une soirée trop arrosée.

Jusqu'au plaidoyer de culpabilité du 28 mars, et encore présentement, en attendant du prononcé de la sentence, nous restons complètement aveuglés par les motifs qui ont poussé Bissonnette à agir. L'idée d'un complot terroriste a été écarté dès le départ. Aucune instance occulte n'a commandé la tuerie de la mosquée de Québec. Nous sommes devant un réel drame humain et ceux qui croiraient à une quelconque hypothèse de complot, il faudrait reconnaître celui-ci comme bien mal ficelé! Un homme qui souffre de dépression et peut être amené à porter sa violence sur les autres (ou sur lui-même) ne le fait pas gratuitement. Il lui faut des motivations profondes qui sont la cause de son mal-être. Or, ce mal-être, nous n'en connaissons pas encore la nature exacte. Une chose est certaine, toutefois, dans la soirée du 29 janvier 2017, après qu'il eût soupé chez ses parents, Bissonnette ne s'est pas levé du fauteuil après avoir regardé un cartoon du Road Runner et de Wile Coyote en se disant : «Allons tuer du musulman!». Donc, l'argument sur lequel souffle le président du centre culturel de la Grande Mosquée de Québec, arguant la préméditation, du crime ne tient pas. Or, c'est pourtant celle-là que le procureur entend exposer devant le juge Huot.

Or, les faits, les voici : selon la déposition même de sa mère, Alexandre a soupé en famille, puis a emprunté l'auto de son père, un Mitsubishi RVR 2015 de couleur noire, automobile dans lequel il sera appréhendé par le Groupe tactique d'in-
tervention, une fois le crime commis, près du pont de l'île d'Orléans reconnu pour être le «pont des suicidés». Qu'a-t-il fait avant le crime? Il s'est rendu à son club de tir, Les Castors, à Charlesbourg, club alors fermé (nous sommes un dimanche soir). Bissonnette, en effet, était membre de ce club. C'est alors qu'on postule que c'est après s'être heurté à ces portes closes qu'il aurait pris la décision de se rendre à la mosquée. Peut-être que si le club avait été ouvert, il aurait déchargé ses frustrations sur une cible de carton et le drame de la mosquée aurait pu être évité. La préméditation ne tient donc pas la route de manière absolue, si on peut dire.

Il est vrai que le sous-sol de la maison familiale ressemblait à un véritable arsenal. Bissonnette entreposait ses armes à feu dans un coffre de sécurité. Son père a avoué qu'il possédait trois armes à feu, un Glock, un Sig Sauer et une arme longue Browning, sorte de carabine. Vérifications faites par la police, deux armes de poing étaient enregistrées au nom de Bissonnete, le Glock et le Sig Sauer. Les témoins de l'attaque ont confirmé que le tireur utilisait une arme de poing. L'arme longue qu'il transportait avec lui se serait enrayé affirmèrent les témoins, et de fait, la police a trouvé devant la porte de la mosquée une arme longue semblable à une AK47. Il est clair, Bissonnette était armé de plus d'armes qu'il en avait besoin pour commettre un carnage le 29 janvier 2017. On ne peut toutefois qualifier son meurtre d'overkill, comme celui commis par Marc Lépine à Polytechnique, qui ressemble à ces exécutions commis par les partisans de l'État islamique.

La préméditation tient encore moins la route une fois le carnage commis. Alexandre Bissonnette compose lui-même le 9-1-1, une quinzaine de minutes après avoir fui les lieux du drame. Voici ce que révèle la carte d’appel au 9-1-1 : «L’individu s’identifie comme étant Alexandre Bissonnette, 27 ans. Ce dernier s’identifie comme étant le tireur et dit qu’il veut se rendre. ll dit qu’il va se tirer une balle dans la tête. ll dit qu’il est à bord d’un véhicule Mitsubishi RVR gris et qu’il est sur les quatre “flashers”. ll dit qu’il a un pistolet avec lui et qu’il l’a mis sur le siège arrière. ll pleure, dit qu’il avait deux fusils, mais dit qu’il ne se rappelle de rien. L’autre pistolet est resté là-bas. ll dit qu’il désire partir marcher dans le bois et se tirer une balle dans la tête. ll dit qu’il va coopérer à 100%, il est tanné et veut que les policiers interviennent». Cette jasette, qui dure environ 45 minutes, est celle d'un homme en état de panique. Son sentiment de culpabilité suite au traumatisme de l'attentat le rend amnésique. Entre la mort et la vie, c'est devant un appel de détresse que nous nous retrouvons et non un appel de terroriste qui revendiquerait avec fierté la commission d'une exécution.

Afin de ne pas aller plus loin, les média ont beaucoup parlé des médicaments que prenait Bissonnette. Peu avant le drame, on lui avait prescrit de l'APO-Paroxétine, médicament qui sert à traiter, selon Apotex qui fabrique ce médicament, «les symptômes de dépression, de trouble obsessionnel compulsif, de trouble panique, de phobie sociale, d'anxiété généralisée ou d'état de stress post-traumatique». La mère a témoigné à un officier de la GRC qu'Alexandre demeurait chez ses parents depuis une semaine et qu'il était dans un état «très anxieux et instable». Il avait été jusqu'à demander à son employeur, Héma-Québec, un congé qui lui aurait été refusé, mais sa mère affirme qu'il aurait été mis en arrêt de travail après avoir mal parlé de ses supérieurs. L'état de santé mentale de Bissonnette n'était donc pas à son meilleur le soir de l'attentat. Il n'était pas délirant comme Bain, mais il n'en souffrait pas moins assez gravement, d'un mélange d'anxiété, de paranoïa, de dépression et d'amertume. Un psychotique qui souffre de paranoïa, comme Bain, peut commettre un meurtre et ce meurtre sera prémédité, car il est mû par une fixation. Le comportement de Bissonnette relève entièrement de l'improvisation et de l'impulsion «sur le coup».

Les motivations qui feraient le plus de mal au milieu québécois seraient les motivations politiques. Accusé de terrorisme et d'islamophobie, Bissonnette était, contrairement à ses déclarations du 28 mars 2018, «en accord avec les propos de Donald Trump à l'effet de bloquer toute immigra-
tion», rapporte sa mère à l'enquêteur. Mais le document ne précise pas plus loin et ne contient aucun détail sur les idées politiques de l'accusé. Cette opinion, il l'avait exprimée, semble-t-il, en classe dans ses cours de sciences politiques et sur des messages Facebook avant que son compte ne soit définitivement fermé par les autorités. Le lendemain de l'attentat, La Presse avait appris d'une source proche de l'enquête que le jeune homme, devant les policiers, avait franchement manifesté son hostilité envers les membres de la communauté musulmane. C'est le premier élément sur lequel l'accusation base la preuve de la préméditation du crime, preuve indirecte. Tous ceux qui disent ou manifestent une hostilité à l'égard des musulmans ne surgissent pas dans une mosquée armés jusqu'aux dents.

Le second élément consisterait en une hypothèse de reconnaissance préalable des lieux. En effet, des images de surveillance de la mosquée saisies par la police montrent un homme en train de faire ce qui ressemble à du repérage près du lieu de culte : «L’individu reste près de la mosquée durant près de trente minutes et entre à deux reprises dans le hall d’entrée de la mosquée. L’individu n’avait pas l’air familier avec le rituel de la mosquée, soit d’enlever auto-matiquement les chaussures en entrant», lit-on dans un document rendue publique en octobre 2017. On y apprend de plus, que la police a mené des perquisitions chez Bissonnette pour retrouver les vêtements que portait l’homme sur les images : «une tuque foncée avec des lignes horizontales, un long manteau noir, un sac en bandoulière de couleur noire, un pantalon foncé et des chaussures beiges de style “hiking"». Un témoin a identifié l’accusé comme étant l’homme qui avait fait du repérage. Or cet élément n'est pas plus solide que le précédent. La mosquée de Québec avait souvent été l'objet de vandalisme. Le 19 juin 2016, la même mosquée s'était vue gratifiée d'une tête de porc au même endroit et les coupables de ce geste n'ont jamais été identifiés. Pour qu'on ait cru bon d'installer une caméra à l'entrée de la mosquée, il fallait que celle-ci soit la cible de plusieurs fureteurs. Saura-t-on jamais si Bissonnette a été vraiment l'un d'eux?

Qui tient absolument à insister sur la préméditation dans l'attentat de Québec? D'abord le président du Centre culturel islamique de Québec : «J’aimerais la peine maximum, une peine exemplaire. Il faut que ce soit exemplaire, car la société n’a pas à subir ce genre de chose, a dit hier le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah. Si c’est un exemple, alors on sera tous gagnants, nous maintenant et nos enfants pour le futur». La peine maximum, la peine exemplaire, c'est le 150 ans des peines cumulatives, depuis que le gouvernement conservateur de Stephen Harper, grand singe des institutions pénales américaines, a importé cette sottise de laisser croire qu'une personne serait condamné à purger sa peine, au-delà de sa propre mort, en enfer. Selon la juge à la retraite Suzanne Coupal (aucun lien de parenté) aurait déclaré sur les ondes de Radio-Canada, que ce serait pour éviter ce cumul des peines que Bissonnette aurait déclaré être non terroriste et non islamophobe. La Couronne, représenté par Me. Jacques – non pas celui de Molière, mais il pourrait l'être s'il n'était pas si vindicatif -, entend réclamer «une peine qui reflète l'ampleur du crime», c'est-à-dire les 150 ans de prison ferme. Cette déclaration laisse l'impression, dans la tête de plusieurs auditeurs, que nous sommes là devant le pire crime jamais commis au Québec. «Tout ce qui est exagéré est insignifiant », disait le bon Talleyrand, et nous verrons plus tard comment la lettre dictée à Bissonnette est par plusieurs points, «insignifiante». Si jamais le juge Huot n'accorde pas ces 150 ans, nous verrons M. Benabdallah et les victimes et témoins manifester leur frustration devant les micros.

Il faut donc que la motivation de Bissonnette ait été xénophobe, «raciste», selon les musulmans : «C’est un geste qui a pris place dans une mosquée. Tous les gens ciblés étaient des musulmans. Il y avait même des enfants dans la mosquée à ce moment-là», note Khalid Elgazzar, porte-parole du Conseil national des musulmans canadiens, qui ajoute : «Ce sont des meurtres prémédités et M. Bissonnette l’a avoué. Alors, [à mon avis], oui, c’est un geste islamophobe». Après avoir entendu et lu la lettre de Bissonnette, Boufeldja Benabdallah est bien forcé de reconnaître qu'«il n'a pas dit (pourquoi (il a pris la mosquée pour cible). Ça restera encore une énigme. Peut-être qu'il va le dire un jour. Mais ce n'est pas ça qui touche le plus les familles des victimes. C'est que ce ne soit pas terminé. On veut que la sentence tombe. Comme l'a dit le juge, il faut en finir pour tourner la page et passer à autre chose». Voilà pourquoi, reconnaître la prémé-ditation et l'intoxication islamophobique de Bissonnette sont si importantes pour l'accusation. Non pas pour éviter de prolonger les souffrances des familles, ni même connaître les vrais motivations de l'assassin, mais expédier «au plus sacrant» cette sale affaire qui, comme un grain de sable, risquerait d'enrayer le processus de bonne entente entre l'État et les minorités culturelles. Il faudra donc attendre le mois de juin pour savoir si le lobby islamiste québécois aura satisfaction au niveau de la sentence. Le 10 avril, les observations sur la peine à imposer auront lieu. C'est là que Me Jacques fera son spectacle avec les vidéos de surveillance prises à la mosquée avant et après le drame. Puis chaque avocat requerra la peine qu'il espère recevoir du juge Huot.



MANIPULATIONS

Obtenir cette peine maximum est tout simplement impensable avec ce que nous savons du déroulement des faits et l'état mental de Bissonnette au moment de leur commission. Le procureur Thomas Jacques, dont le côté vindicatif n'est un secret pour personne de qui l'a entendu aux différents bulletins d'infor-
mation, déclarait qu'il était prêt à appeler 41 témoins à la barre. Cela ne prouve rien. Si un seul témoin n'est pas un témoin, 41, c'est beaucoup trop. S'ils avaient défilé devant le jury, il se serait glissé des contradictions, des oppositions même dans leurs témoignages. On sait qu'à un an des événements, les témoins s'intoxiquent les uns les autres. C'est un lieu commun de la psychologie. Des témoignages qui se seraient avérés contradictoires avec ceux recueillis durant les instants suivant le crime auraient semé le doute dans les esprits des jurés. Me Jacques le sait, mais 41, c'est impressionnant. L'avocat de la défense, Charles-Olivier Gosselin, sorti tout droit de la foire aux cancres de l'aide juridique, s'est laissé volontiers berner par ce chiffre et ce que pouvaient révéler les vidéos de surveillance. Plutôt que de lutter pour la défense de son client, il a tout céder sous l'intimidation de la Couronne, qui peut se vanter de ne pas avoir eu à négocier sur la sentence pour obtenir ce qu'elle voulait. Elle n'avait pas besoin de le faire. À la fin de la journée de mercredi, il ne restait comme seul espoir à Me Gosselin d'en appeler contre le cumul des peines en recourant aux précédents qui disqualifient cette modifications de 2011 comme inconstitutionnelle, des procureurs l'ayant fait dans d'autres causes en invoquant l'article 12 de la Charte des droits et libertés qui prévoit que «chacun a droit à la protection contre tous traitements ou peines cruels et inusités», mais il est fort à parier que cela ne pèsera pas lourd devant l'humeur de vengeance qui anime les survivants, la Couronne et le gouvernement. Mais, enfin, peut-on oser espérer que le juge Huot aura plus de compassion que les autres personnages ubuesques de ce procès. Il devient perceptible alors que des manigances ont été commises avant et au cours des derniers jours.

Si, au cours de ce procès heureusement avorté, il était sorti des choses du genre que c'est sous la stimulation des Radios X que Bissonnette a planifié son crime, l'aspect social aurait teinté fortement le procès. Alors que la crise d'islamophobie tend à s'éteindre, elle se serait rallumée assez vite. S'il s'agissait d'une histoire de cœur entre Bissonnette et, mettons, l'étudiant Mohamed Belkhadir et que cette histoire de cœur (ou de cul) contrariée aurait conduit Bissonnette à canarder du musulman le soir du 29 janvier 2017, l'intolérance des musulmans envers les gais aurait été rappelée aux yeux de la population et attiré la sympathie sur Bissonnette. Après tout, comment concilier le fait que Bissonnette déclare ne pas être islamophobe et du même coup avoir déclaré aux policiers, le soir du drame, qu'il n'aimait pas les musulmans? Cette hypothèse a circulé beaucoup dès les lendemains de l'attentat. Une relation intime entre les deux jeunes aurait été compromise par les parents et le milieu familial du jeune musulman, ce qui aurait fort pu être à l'origine de la crise dépressive de Bissonnette et amener finalement à commettre l'irréparable. Pourrait-on mettre deux communautés qui exercent de fortes pressions auprès des gouvernements dans un affrontement gays-musulmans? Faut-il rappeler que lors des déclarations publiques de M. Labidi, celui-ci en appelait à cesser les attaques contre les différentes minorités, y compris les gays? À ce compte, tout le monde trouve sa raison de rendre les motivations opaques : Bissonnette, Belkhadir, Benabdallah, les survivants, les gouvernements, le Tribunal...

Cette hypothèse, purement spéculative, permettrait de comprendre pourquoi il n'y avait pas de cible précise. On n'a pas trouvé dans l'ordinateur de Bissonnette, une liste comparable à celle que Marc Lépine avait dressée des femmes à tuer. En entrant dans la Grande Mosquée de Québec, a-t-il crié Allahu Akbar! comme certains témoins déclaraient sur le coup l'avoir entendu? Auquel cas, ce pourrait être interprété comme un geste en retour de vengeance ou de punition pour ses souffrances intimes. Le fait d'être arrivé au moment où il ne restait plus que quelques fidèles dans la mosquée montre encore une fois l'absence de prémé-
ditation. Il aurait sûrement fait un plus grand nombre de victimes s'il était arrivé durant la prière, ainsi, les femmes, qui se rassemblaient à l'étage, ont ainsi pu être épargnées. Je ne pense pas toutefois qu'il ait agi seul. Il n'a pas abattu les gens qui se trouvaient à la porte, contrairement au caporal Lortie, et a été mené droit à la salle où se trouvaient les derniers participants à "l'office". Peut-être a-t-il été le seul tireur et dans la panique, on en aura vu deux. Peut-être aurait-il prétendu vouloir tout simplement leur faire peur et son complice se serait trouvé dépassé en voyant les corps tombés? Toutes ces supputations, qu'on les accepte ou pas, ce n'est pas grave. Ce qui est grave, c'est que nous sommes obligés de supputer parce qu'empêchés de savoir le fin mot de cette histoire, les motivations et le détail du modus operandi qui ne seront révélés qu'au cours de la plaidoirie sur sentence. Qu'on m'épargne les salmigondis du deuil de la communauté à faire; ce n'est pas, ce n'est plus une affaire de musulmans à Québec attaqués par un déséquilibré : c'est une affaire d'envergure sociale et nationale.

Depuis le début du XXIe siècle, le monde vit dans la hantise des complots et du terrorisme. Nous en voyons partout. Un terroriste a été arrêté en Europe au moment où il allait prendre l'avion pour venir au Canada venger les victimes de la tuerie de la mosquée de Québec. Ici, on a affirmé que Gamil Gharbi (le nom paternel algérien de Marc Lépine) avait été le premier terroriste islamiste au Québec. Il est sûr que l'islamophobie qui se déverse par gallons sur les ondes des radios-poubelles sécrètent des ressentiments, de l'amertume, de l'anxiété dans les différentes régions du Québec, surtout celles qui ne sont pas habituées à côtoyer les immigrants. La formation d'un groupe de vigilantisme comme La Meute, sous de fausses représentations nationales québécoises, donne l'impression de voir venir des SS sortis tout droit des groupes de motards criminalisés. La fièvre obsidionale s'empare du Québec où l'on voit les immigrants à la solde des Libéraux et des fédérastes prendre d'assaut la forteresse Bockcotéesque des Québécois de souche. Tout cela serait suffisant pour permettre à des moyens ploucs de se désinhiber de l'interdit de la violence, et Bissonnette, jusqu'à son plaidoyer de non-culpabilité du lundi 26 mars (éprouvait-il alors vraiment des doutes? Le saurons-nous jamais?), pouvait laisser croire à une responsabilité collective dans le drame du 29 janvier 2017. La crainte était effacée deux jours plus tard.

Et quel coup de théâtre! Entendons-nous, sa lettre et ses regrets ne sont que du théâtre commandé. Manipulation d'un deus ex machina politique qui nous paye ainsi un très mauvais spectacle. Comment, en effet, peut-on plaider non-coupable de charges aussi graves et se raviser deux jours plus tard? Tout cela semble relever d'une insoutenable légèreté de l'être trop subtile pour un malheureux comme Bissonnette. Avec quelles preuves nouvelles l'a-t-on menacé pour le terroriser à un tel point qu'il retourne sa veste à 190°? Des preuves magiques, quoi? Comme la balle baladeuse qui a tué Kennedy? Il s'agit purement et simplement d'intimidation. Ni le gouvernement, ni les victimes ne voulaient de ce procès. Bissonnette était jugé et condamné sans autre formes de procès criminel. On a étiré les préliminaires de l'enquête au possible. Certains craignaient même que Bissonnette puisse échapper en recourant à l'arrêt Jordan! Comme on ne pouvait plus le retarder, voici à peu près ce qui a dû se passer après la déclaration de non-culpabilité et les hésitations manifestées par Bissonnette, complètement désarçonné par la procédure. On sait, depuis que Harper Lee a publié son roman, comment la Justice du monde entier excelle particulièrement dans l'art de tuer les oiseaux moqueurs.

Deux pions, vêtus de la toge et du rabat protocolaires, ont tassé Me Gosselin et se sont adressés directement à Bissonnette : «Mon p'tit tabarnak, tu donneras pas l'occasion de transformer ton procès en affaire publique. Tu vas avouer que tu es coupable pour tous les chefs d'accusation, sinon on va déballer tout ton jeu pas catholique avec ton fif d'Arabe, pis ta famille va passer pour une gang de ploucs!» Et ils lui ont tendu une feuille de papier : «Demain, tu diras au juge que tu te reconnais coupable de tous les chefs d'accusation. Tu te tourneras la tête vers les familles des victimes et tu leurs demanderas pardon en montrant de sincères regrets. Tu brailles, comprends-tu? Tu liras une lettre que je vais te dicter et tu présenteras ça à la cour. Les média s'en chargeront, pis ce sera top-là, fini, on en parle plus. En retour, si tu ne le fais pas, tu vas voir que rien que 25 ans ferme de prison, c'est pas jojo, surtout quand vient le temps de prendre sa douche en gang pis que tu échappes ton savon». Le procès avorté consacre ainsi l'intervention politique dans le déroulement de la Justice. Une complaisance envers le lobby musulman (on évite de longues séances pénibles aux familles); une façon de faire disparaître l'accusé dans une oubliette (lorsque l'affaire ressortira dans 10 ou 20 ans, on en fera une série télé à mettre sur Netflix et co-financée avec le Ministère de Patrimoine Canada, et tout le monde y gagnera de l'argent); puis la population québécoise ne sera pas tentée d'émettre un lien de solidarité avec le coupable de manière à ne pas paraître complice du crime et, ce n'est pas la moindre des raisons : ça sauvera de l'argent au Ministère publique. Avant, l'affaire Bissonnette était une sale affaire. Maintenant, elle devient une affaire sale.


LA VENGEANCE DE PHILIPPE COUILLARD

Quand sonne l'heure de la vengeance... Pourtant. Yahweh n'a-t-il pas dit à Caïn que la vengeance appartenait à lui seul? Peu après les tristes événements de janvier 2017, notre Père Noël national, les yeux fixés à l'objectif de la caméra de Tout le monde en parle (https://www.youtube.com/watch?v=q8sGnwKmZh0), menaçait les Québécois de sa terrible colère si l'on touchait à un seul cheveux des musulmans du Québec auquel cas, il le paierait cher. Depuis, on a l'impression qu'il y a une catégorie à part dans la société québécoise qui mérite du gouvernement un traitement de faveur, une protection et un droit de vengeance automatique. Cela n'est pas sans nourrir de profonds ressentiments dans la population. C'est fou comment la gynophobie et l'homophobie n'entraînent pas de telles assurances!

C'est avec une aversion marquée que le procureur de la Couronne, Me Thomas Jacques, a été à un doigt de commettre un lapsus irréparable en déclarant, tout de go : «Nous souhaitons de tout cœur que la culpabilité d’Alexandre Bissonnette permette aux survivants d’assouvir... (là une fraction de seconde d'hésitation avant de reprendre) leur soif de justice et d’apaiser leurs souffrances». Il s'agissait, bien entendu, du mot vengeance qu'il avait en tête et non de justice que sa langue a rattrapé avant qu'il ne sorte de sa bouche pour tomber dans les micros. Qu'importe! Il nous a avoué l'esprit avec lequel il plaidera devant le juge Huot avant le prononcé de la sentence. Dans cette affaire, au nom des survivants on bafoue les morts. C'est qu'ils ont bon dos, ces survivants au deuil inas-
souvissable. Elles en profitent aussi pour faire leur cinéma. Il s'agit de satisfaire la soif de vengeance de M. Benabdallah, qui demande "une justice exemplaire". Celle aussi du Premier ministre du Québec qui veut voir se concrétiser ses menaces d'intimidation vicieuses, en étouffant une sale affaire que les procédures ont étiré au-delà de toute attente au cours des derniers mois, et qui vient d'être transformée, depuis 2 jours, en affaire sale. Alexandre Bissonnette sera-t-il le Wilbur Coffin de Philippe Couillard comme l'autre l'a été de Maurice Duplessis? L'effacement complet de Couillard durant toute l'affaire nous rappelle l'immatérialité de Yahweh. Elle n'est qu'apparente. Il le dit dans sa déclaration à Tout le monde en parle : les réseaux sociaux, les milieux islamophobes sont surveillés. Pourquoi ou au nom de quoi ne jetterait-il pas un œil, même lointain, dans l'affaire Bissonnette?

La manipulation apparaît clairement dans la lettre de Bissonnette. Les pressions indues surgissent presque à chaque paragraphe. La mise en scène est symbolique. C'est menottes aux poignets que l'accusé lit sa lettre d'excuses au juge et aux familles assistant au procès :
«Monsieur le juge, en cet instant je suis libre de vider mon cœur et mon esprit. J’aimerais dire à tous qu’à chaque minute de monexistence je regrette amèrement ce que j’ai fait [Ce n'était pas le cas deux jours plus tôt!], les vies que j’ai détruites, la peine et la douleur immense que j’ai causées à tant de personnes, sans oublier les membres de ma propre famille. J’ai honte, honte de ce que j’ai fait [La honte est une réprobation sociale, non un sentiment de culpabilité intérieur].
Je ne sais pas pourquoi j’ai posé un geste insensé comme ça. [Il s'agit ici d'éviter d'approfondir les motifs] Et encore aujourd’hui, j’ai de la misère à y croire. Malgré ce qui a été dit à mon sujet, je ne suis ni un terroriste, ni un islamophobe [Pourtant, ne déclarait-il pas le contraire un an plus tôt?].
Je suis une personne qui a été emportée par la peur, par la pensée négative et par une forme horrible de désespoir. J’avais depuis longtemps des idées suicidaires et une obsession avec la mort. C’est comme si je me battais avec un démon qui a fini par m’avoir, qui a fini par gagner contre moi [Que Bissonnette ait admis éprouver une dépression et une anxiété douloureuse, va; mais ce degré de littérature ne va pas à jeune dépressif et placé sous une forte tension anxiogène].
J’aimerais tant pouvoir revenir dans le temps et changer les choses. Parfois, j’ai l’impression que tout ça n’est qu’un affreux rêve, un long cauchemar. J’aimerais pouvoir vous demander pardon pour tout le mal que je vous ai fait. Mais je sais que mon geste est impardonnable.
Si au moins en plaidant coupable je peux vous faire un peu de bien dans tout ça, alors ce sera déjà ça de fait [Ici, on retrouve le niveau de littérature authentique de Bissonnette].
Alors c’est pour ça Monsieur le juge que j’ai plaidé coupable devant vous lundi et que j’ai maintenu ma décision [En fait, il a plaidé non coupable, mais avec mention d'un doute, preuve que son avocat a été de bien mauvais conseils].»

La lumière est faite, mais bien trop éblouissante pour ne pas nous obstruer la vue. Dans sa lettre, Bissonnette dit qu'il n'est ni terroriste ni islamophobe, alors que vaut le motif privilégié par le lobby musulman dans cet attentat? S'il s'était produit dans une Église catholique, par exemple, aurait-on dit aussi spontanément qu'il était anti-catholique? Dans un centre d'achat, qu'il est anti-consumériste? L'association attentat + mosquée est tellement évidente qu'elle nous brûle les yeux et c'est ce que les intérêts de l'État et de la "Justice" comman-dent. Pour l'avoir déjà personnellement éprouvé, les pressions et intimidations, même par l'avocat de la défense, peuvent tellement être insistants en vue d'expédier une cause, qu'il est facile de briser la résistance d'un accusé et d'obtenir de lui tout ce que l'on veut. Dans le cas présent, il ne faut pas que les vrais motifs soient étalés au grand jour et un travail d'enquêteur indépendant devient indispensable. Un bon défi pour l'émission Enquête!

En agissant ainsi, l''affaire dépasse le crime contre la personne. En profitant de l'importation de la disposition américaine qui veut que les peines soient cumulatives, le gouvernement Harper, en plus d'ajouter une sottise au droit, a violé l'esprit de la Charte de 1982, et ce sera un gouvernement libéral provincial qui s'en servira pour étouffer un crime qui est quand même, peu importe ce qu'on a fait dire ou écrire au criminel, de nature politique et sociale. En obligeant Bissonnette et son avocat, Me Jacques à mis en scène la vengeance de Yahweh/
Couillard. Car ce n'est pas parce qu'il ne s'est pas manifesté durant la longueur du procès que cela veut dire qu'il ne le suivait pas du coin de l'œil. La chose se vérifie pour l'ensemble du personnel politique et les réactions qu'il a émis à la suite du coup de théâtre de mercredi : «Je ne suis pas sûr que ça règle tout. Il y a toujours beaucoup d’émotions, de sentiments qui restent après ça. Et je pense que c’est une multitude de gestes qui doivent suivre pour essayer de se réunir», dit le leader parlementaire du Parti libéral, Jean-Marc Fournier : vieille attitude incestueuse propre aux Québécois. Véronique Hivon, la seconde tête du Parti Québec, première opposition officielle : «C’est une source d’apaisement potentiel pour les familles des victimes, pour toute la communauté qui est concernée et pour l’ensemble des Québécois qui ont été bouleversés par cette tragédie. Ça évite un long procès où tous les gens auraient pu revivre le traumatisme», pourtant, et c'est l'utilité principale d'un procès, c'est qu'il sert à guérir le traumatisme et permettre une convalescence après coup favorable aux personnes blessées. L'impayable François Legault, chef de la seconde opposition, de la Coalition avenir Québec : «On ne souhaite jamais être obligés de réexpliquer ce drame pénible et de faire vivre ça aux familles des victimes. Donc, je pense, d’une certaine façon, que c’est une bonne nouvelle. Ça permet aux familles des victimes de faire leur deuil puis de passer à autre chose», sauf qu'avant de réexpliquer un drame, il faudrait d'abord commencer par l'expliquer une première fois. «J’ai entendu l’indignation des victimes devant le premier plaidoyer de non-culpabilité, des victimes et de leurs familles. Je reçois aussi le soulagement de ces victimes-là, et je pense que c’est peut-être une manière plus humaine et plus facile pour ces familles-là de vivre le processus. Honnêtement, c’est surtout à ces gens-là que je pense», nous dit Gabriel  Nadeau-Dubois, qui ne m'est jamais apparu aussi niaiseux que depuis qu'il co-chef du parti dit de gauche Québec-Solidaire. En fait, on ne pense qu'à ces familles-là, qu'à ces gens-là. À tel point qu'il est en train de se faire passer une taupe libérale comme candidat de son parti dans le comté de Rosemont, ce qui a défrayé la chronique politico-humoristique durant toute la semaine. Enfin, le maire de Québec Régis Labeaume : «On est tous soulagés de savoir qu’à partir de maintenant on tourne la page. Pour une communauté comme Québec, pour moi, pour les autres, je pense que c’est un soulagement». Le soulagement et non pas la justice. On ne pourrait trouver meilleur orchestre de mollassons et de lâches devant une telle manipulation judiciaire. Tous sont finalement complices de la vengeance du Yahweh/Couillard. Québec incestueux un jour, incestueux toujours. Une fois de plus, le personnel politique montre que l'État québécois est digne de son asservissement honteux à des commandes exogènes; de sa provincialisation minoritaire qui en fera toujours un État dépendant et une société immature. Si un peu de justice peut être accordé compte-tenu des souffrances de l'accusé-victime, ce n'est pas de la plaidoirie vicieuse que prépare à livrer Me Jacques, ni à la défense expéditive pleine de leurres de Me Gosselin, c'est à une clause de la Charte des droits et liberté, charte que le Québec n'a pas encore paraphée, et qui permet de s'opposer à la sottise héritée du gouvernement fascisant de Stephen Harper. Si, au lieu de jouer les gigolos sur la scène diplomatique, Justin Trudeau s'occupait un peu plus des affaires internes de son pays, il paraîtrait au moins faire quelque chose d'utile pour le Canada.

En attendant, c'est la liberté et la volonté de savoir des Québécois qui est bafoué par ces manipulations rocambolesques. Mais les attentes du lobby musulman n'en sont pas moins frustrées : «C'est très lourd, déclare Boufeldja Benabdallah, le président du Centre culturel islamique de Québec qui demande la fameuse peine exemplaire. «Je vous parle et je suis toujours très émotif. J'ai des palpitations. Les familles sont parties, elles n'ont pas voulu s'adresser à la presse. Elles n'ont pas encore la paix dans leur âme pour trouver les mots. Mais elles sont quand même conscientes qu'il a plaidé coupable aux 12 chefs d'accusation, c'est déjà immense». Immense, sans doute, mais pas suffisant. Les sentiments sont toutefois mitigés chez beaucoup d'entre ces personnes. Elles s'interrogent, elles aussi, sur ses motivations. Mohamed Labidi, ex-président du Centre culturel islamique de Québec, qui a vu son auto incendiée sept mois après le drame, le reconnaît : «On est restés sur notre faim avec la déclaration de M. Bissonnette. Ç'a été très, très court». C'est le moins qu'on puisse dire! Et de reprendre : «Il n'y a pas de réponse. On partage presque tous ce sentiment dans la communauté et surtout chez les familles des victimes. Elles sont restées sur leur faim. On aurait aimé plus d'élaboration là-dessus». Saïd Akjour, qui a reçu une balle dans l'épaule le soir de la fusillade, déclare pour sa part : «Ce qui est satisfaisant, c'est qu'il a plaidé coupable à toutes les accusations. C'est une petite bataille de gagnée. On va attendre maintenant de voir la peine... Pour ses excuses, je ne suis pas prêt à en parler». Et Boufeldja Benabdallah de conclure : «La demande de pardon, ce n'est pas une chose facile. Ça ne se fait pas du jour au lendemain. Le deuil n'est pas fini, non, non. Vous avez vu les gens? Ils pleuraient, ils étaient très affectés, ils étaient pris par l'émotion. Les gens sont encore sous le choc. Les choses ne sont pas terminées pour eux. Il faudra que la sentence tombe. Et après, on verra». Bref, le pardon dépend de la sentence. Sentence exemplaire. Sentence maximum. Si après un an, le deuil n'est pas fait, c'est que l'islam est une bien pauvre religion spirituelle. Devant l'esprit de vengeance exprimé par certains des portes-paroles de la mosquée de Québec, je me réconcilie avec le bon vieux christianisme dont les principes se sont transmis dans nos codes de loi et où le pardon et la réhabilitation sont meilleurs remèdes que le ruminement et la loi du Talion.


LE PIRE CRIME DANS L'HISTOIRE DU CANADA

L'arrogante inconduite du Premier ministre Couillard, les ruminements vengeurs des musulmans de Québec, la sénilité de la presse québécoise, les porte-à-faux islamistes ou nationalistes ne cessent d'ajouter à l'exagération et à la déformation de l'affaire. On voudrait parfois nous faire croire que l'attentat à la mosquée de Québec est le pire crime commis en sol canadien. Pour leur part, les autochtones vous rappelleront qu'ils considèrent comme l'extinction de leur race comme le pire crime commis dans l'histoire canadienne. Les féministes vous rappelleront, à bon droit, le massacre à l'École Poly-
technique de Montréal, crime le plus monstrueux dans son exécution. Un film de Denys Arcand nous rappelle l'écrasement de l'avion au Sault-au-Cochon qui fit 23 morts (dont des enfants) en 1949 (l'affaire Albert Guay), et on ne parlera pas de tueurs en série comme Robert Pickton qui aurait tué 49 femmes mais dont il a été condamné pour seulement six d'entre elles. Actuellement, la police ontarienne cherche les cadavres enterrés par le jardinier Bruce MacArthur qui, lui, s'en prenait aux gais. Il faut dire un NON magistral à cette idée pernicieuse, le crime de la mosquée de Québec n'est pas le pire crime jamais commis dans l'histoire du Québec ou du Canada. Un crime est un crime et si un mass murder peut être condamné à 25 ans de prison, voire peut-être même avec possibilité de libération, il n'y a aucune raison de voir Bissonnette être condamné à 150 ans, sinon...

Sinon, c'est que la peine ne s'adresse pas à l'assassin seul, mais à l'ensemble des Québécois que l'on assoit au banc des accusés avec Bissonnette. Car si l'on demande 150 ans de peines, ce n'est pas pour un individu dont la vie ne se rendra pas à ce terme, mais pour que nous entrions dans notre esprit que la violence est le pire des crimes qu'un Québécois puisse commettre. Que la violence lui est interdit, même si d'autres en usent à son égard. Il lui est interdit de répliquer, ou de prévenir. C'est en cela que l'affaire Bissonnette dépasse de loin le petit cercle des musulmans de Québec. Ces hommes, ces femmes et ces enfants qui s'apprêtaient à sortir de la mosquée au moment du crime n'étaient pas une menace pour les Québécois. Mais Bissonnette les percevaient pour telle. Pour quelle raison, ça, ceux qui le savent ne veulent pas que nous le sachions. Le fait que les Québécois contempo-
rains sont devenus des gens accueillants après avoir été pendant plus d'un siècle méfiants, prouve que si des immigrants veulent venir au Québec, dans le respect de son peuple et de ses institutions, ils seront bien accueillis et la très grande majorité s'adapteront sans trop de problèmes. L'expérience des années 1990 avec les COFI, ces lieux d'apprentissages du français et de la culture québécoise, expérience positive qui a été sabordé par ce pirate de Lucien Bouchard, le démontrait pleinement. Que l'on juge Bissonnette pour homicide (une ou six fois, peu importe), c'est notre manière de vivre depuis la Révolution tranquille qui est remise en cause. Mais qu'on m'assoit ou qu'on assoit la majorité des Québécois à côté de lui, dans le box des accusés, ça non, je ne le tolère pas et j'en veux encore une fois à la piètre moralité de nos décideurs politiques et judiciaires.

Enfin, dans le christianisme, il n'y a pas de fautes impardonnables, et la vengeance de Couillard n'est pas la justice divine. Toutes les fautes, même les pires, sont pardonnables – sinon, il n'y aurait pas tant de militaires catholiques! - pour autant que le pécheur reconnaisse sa faute et s'amende. Aussi, le crime de Bissonnette est aussi pardonnable que les autres, car il est de l'humanité. L'imam Hassan Guillet, qui se souvenait du crime de Saint-Jean-sur-Richelieu, avait nommément désigné Alexandre Bissonnette comme victime dans le carnage de la mosquée. Il démontrait là qu'il y avait un certain humanisme dans l'islam que ne partagent pas sincèrement tous les témoins de la tuerie. Mais pour l'islam, le pardon n'est possible que pour celui qui croit en Dieu. Dans le christianisme, qu'il croit ou non en Dieu n'a pas d'importance. L'important, comme je l'ai dit plus haut, c'est qu'il regrette son geste et demande pardon, ce qui a été fait par Alexandre Bissonnette mercredi. Le Tribunal de la Cour supérieure ne doit pas laisser l'esprit sombre de la charia recouvrir les lumières qui éclairent les sentences dans les tribunaux occidentaux. Car si la vengeance politique donne le ton au sort réservé à ce malheureux jeune homme, qui osera être son Jacques Hébert pour montrer à la face de tous que, de Maurice Duplessis à Philippe Couillard, l'autorité gouvernementale québécoise n'a pas évolué d'un iota en matière de justice et de corruption depuis plus d'un demi-siècle

ADDENDA I

LES YEUX CENSURÉS DES QUÉBÉCOIS.

Évidemment, un jour, nous les verrons ces images "terrifiantes" de l'attentat à la mosquée de Québec. Cette volonté de censure, préparée à l'avance par la révélation que Bissonnette aurait visionné une grande quantité de vidéos de tueries sur son ordinateur, a été reprise en choeur par la Couronne et la "communauté musulmane" de Québec... au nom des enfants! Une fois de plus, l'intérêt de la presse à informer les citoyens a été bafoué par ses propres institutions.

On a peur de "l'effet d'entraînement". Tout le monde a pu voir des vidéos toutes aussi monstrueuses, les mêmes que celles visionnées par Bissonnette, de décapitations en Syrie et ces terribles massacres sur les campus des collèges et des universités américaines et il n'y a pas eu d'effets d'entraînement au Québec. Chaque crime a sa source propre. J'ai vu l'intégrale de la vidéo de Magnotta et, comme bien d'autres, je n'ai pas reproduit ce crime sur mon voisin. Que reste-t-il, après ce procès sabordé, ces représentations pilotées de l'extérieur, à partir de quoi donc sera-t-il possible à la population de se faire une idée de ce qui s'est réellement passé ce soir-là, sinon des descriptions tendancieuses et subjectives forgées par les relations publiques du Ministère?


Nous devrons nous contenter de cette description - qui n'en est pas une - de Bissonnette, ce type froid, déterminé (ce qui, combien de fois faudra-t-on le répéter, ne signifie pas la préméditation), qui "passe à l'action", c'est-à-dire qui abat froidement les malheureuses victimes de la mosquée. Seuls le juge, les avocats et les membres de la communauté musulmane auront la possibilité de "voir". Nous n'en saurons pas plus, car il faut à tout prix oublier, Mais moi, je n'oublierai pas, qu'une fois de plus, tout ce bal politique mené autour de la communauté musulmane vouée à la pitié des Québécois, procède à un transfert de responsabilité sur la société d'accueil québécoise. Le juge sera-t-il assez idiot pour condamner à 150 ans Bissonnette? Je le crains. Il est vrai, comme le montre le monument à la Cour Suprême du Canada, que la justice est une femme voilée

ADDENDA II

OÙ EN EST-ON DANS L'ÉVOLUTION DU PROCÈS BISSONNETTE?

Le dévoilement de l'enregistrement entre Alexandre Bissonnette et le répartiteur du 9-1-1, Simon Labrecque, montre définitivement la non-préméditation de l'attentat à la mosquée. Tout au long des 50 minutes 36 secondes de l'échange, c'est un jeune homme tourmenté d'avoir pu faire du mal à quelqu'un qui se révèle. Encore sous l'effet de l'alcool, cherchant d'abord à se suicider puis attendant désespé-rément que les policiers viennent le chercher, non seulement Bissonnette «collabore» avec le répartiteur, mais il souffre patiemment «d'en finir». Le bruit de sa respiration est haletant. Il pleure : «Y a personne qui a été blessé au moins?», question qui reviendra à trois reprises. Sentant son désespoir et la possibilité qu'il se tire une balle dans la tête, comme il l'en avertit, Labrecque lui répond qu'il n'en sait rien. De longues minutes de silence ponctuées par le tapotement des touches de clavier alternent avec les mêmes questions : ses études, ses hobbies, son lieu de naissance auxquelles Bissonnette ne peut répondre, soit qu'il ne s'en souvient pas, soit qu'il ne veut pas répondre. Il a mal à la tête. Comme lui dit Labrecque, après cette journée d'intenses émotions, «la pression tombe». Entre des sanglots étouffés et des impatiences bien senties, Bissonnette déclare : «Tu sais, moi, je ne ferais pas de mal à personne. J’ai jamais fait de mal à personne». Jusqu'à la fin, Labrecque a su saisir l'attention du jeune homme. À 20 h 59, Bissonnette dit au répartiteur que les policiers lui demandent de sortir de la voiture : «Fais ce qu’ils te disent Alex... T’as bien fait ça. Je suis fier de toi», et la communication est interrompue. Bissonnette a les menottes aux poignets.

Le lendemain de son arrestation, Bissonnette est interrogé par l'enquêteur Steve Girard. Pour la première fois, Bissonnette donne le motif de son action. Bissonnette y avoue qu'il a décidé de perpétrer l'attentat à la mosquée de Québec une fois que le gouvernement canadien ait annoncé son intention d'accueillir plus de réfugiés. Après avoir regardé la vidéo de l'attentat de Nice, où un camion conduit par un terroriste fonce dans la foule, il s'est senti person-nellement menacé. Il craignait qu'une telle chose puisse se reproduire chez lui. Déjà hanté par ses démons suicidaires, c'est alors qu'il a décidé de se rendre à la mosquée afin de tuer des fidèles et de s'enlever la vie : «Je me suis dit que tant qu'à y être, tsé, je pourrais essayer de peut-être faire quelque chose de bien. Je me suis dit que peut-être, grâce à ce que j'ai faite [sic], y va avoir peut-être une centaine de personnes qui vont être sauvées. Peut-être 200, peut-être 300 personnes aussi là. On sait jamais, tsé...». Bissonnette craignait pour sa famille. Pour lui, il y avait urgence d'intervenir et son geste était moralement justifiable : «Je ne suis pas un monstre». Un concert de soupires de veuves s'est alors fait entendre. C'est alors qu'on est en droit de se demander comment il justifie la déclaration écrite et lue devant le Tribunal où Bissonnette reconnaît ne pas être islamophobe, ...sinon que parce qu'elle lui fut dictée.

Mathieu, Alexandre et leur père, Raymond Bissonnette
L'enquêteur Girard s'intéresse alors aux relations familiales de Bissonnette. Alexandre répond qu'il n'y pas de conflits ni avec ses parents, ni avec son frère jumeau. Durant l'entretien, l'enquêteur Girard aborde plusieurs sujets avec le suspect, dont sa relation avec ses parents. L'enquêteur lui demande alors quelle était la plus belle qualité que ses parents lui avaient inculquée? Bissonnette, après une longue pose, s'essuyant les yeux, prévient que sa réponse paraîtra bizarre : «Moi, j'ai toujours pensé que c'était... toujours pensé que c'était de l'amour». Or, personne ne semble s'être intéressé ou s'intéresser à savoir qu'elles étaient ses fréquentations. On a beau être solitaire, on doit quand même bien interférer avec quelqu'un d'autre que sa famille.

Bissonnette a dit, dans l'échange avec le répartiteur Labrecque qu'il n'avait rien fait la journée du dimanche 29 décembre. Qu'il avait bu un peu de bière. Avec les anti-dépresseurs prescrits pour ses troubles d'anxiété, on peut deviner que son état mental était perturbé. Il devient alors possible de reconstituer la suite subjective des événements. Bissonnette est parti de chez lui terriblement anxieux, il avait besoin de défouler ses angoisses. Il s'est rendu à son club de tir. Malheu-
reusement c'était fermé (il n'a même pas pensé que c'était dimanche soir). Ça l'a rendu encore plus agressif, comme une bouilloire sur laquelle on referme le couvert. Dans le contexte des nouvelles informations, nous pouvons deviner que moins l'islamophobie que l'angoisse que des terroristes puissent venir s'en prendre à sa famille ait agi sur lui à ce moment précis, d'où la preuve de la non-préméditation. Il était si peu préparé qu'il n'a même pas pris le temps de vérifier que ses armes étaient fonctionnelles, puisque l'arme d'épaule s'est enrayée en partant. Il s'est donc rabattu sur son arme de poing et a tiré dans le tas. Il s'est crispé, d'où son attitude de froideur qui le distingue tant de Marc Lépine, qui, lui, était préparé, méthodique, dément.

Bissonnette était absent à lui-même au moment de la commission du crime, il était dans un état alternatif. Ce n'est qu'en reprenant le volant de sa voiture qu'il est revenu à la vie consciente. Il était en état de choc post-traumatique au point qu'il ne se souvenait plus de ce qu'il avait fait, mais savait qu'il avait fait quelque chose d'affreux, d'horrible. Le contenu de la conversation téléphonique révèle tous les traits d'un individu qui a agi comme une personne sous hypnose ou atteinte de somnambulisme qui se réveille et retrouve ses anciens démons qui sont la cause de son stress. La culpabilité l'a rattrapé à ce moment-là, d'où son appel de détresse plutôt que de fanfaronnade comme le font les véritables terroristes. Certes, aux yeux de la loi, Bissonnette reste entièrement responsable de ses gestes mais à aucun moment il ne mérite la peine maximale. Bien encadré et soigné, il est réhabilitable vu son jeune âge et en toute bonne et saine justice, il mérite la compassion que le Tribunal a montré jadis pour le caporal Lortie ou pour le capitaine de police Marchessault qui, en 1983, dans des états hypnotiques analogues à celui de Bissonnette, entrait dans la voûte où étaient conservés les sacs remplis de drogues perquisitionnés par la police et s'en remplissait les poches avant d'aller les revendre à l'extérieur!

Bien des gens, au Québec, sont islamophobes sans pour autant courir à la mosquée y abattre ses fidèles. L'exemple des têtes de porc sont là pour rappeler que l'intoxication des radios-poubelles est forte dans la région de Québec. Les psychiatres peuvent bien démontrer que Bissonnette savait faire la distinction entre le bien et le mal, mais un déséquilibre névrotique n'empêche pas de créer des associations et des dissociations qui peuvent conduire à poser des gestes irrationnels mais non illogiques. L'angoisse que le terrorisme musulman débarque au Canada faisait partie de son stress. L'attachement à sa famille, l'amour de sa «patrie» et qui sait, d'autres motivations, ont joué un rôle néfaste dans ce déséquilibre. La logique a fait le reste. Il est évident que l'action toxique des radios-poubelles est la première responsable de l'événement du 29 janvier 2017. Dans son délire névrotique, Bissonnette s'est armé, s'est préparé pour l'invasion des terroristes. Parti pour s'entraîner au tir, il s'est vu rebuté par la porte fermée, il s'est alors dit qu'il fallait mieux prévenir que guérir. Il a cru se porter au-devant des terroristes. Le visionnement des vidéos n'a pas stimulé une haine quelconque des musulmans; elles n'ont fait que nourrir son angoisse qui se cherchait un abcès de fixation. À la façon dont le répartiteur Labrecque finit par le circonvenir suffit visiblement à monter la tendance à la passivité de Bissonnette. Il suffit de le comparer à Lépine et Gill pour s'en convaincre. Une fois revenu en possession de lui-même, il s'est vu tourmenté par sa conscience – elle sait ce qu'il a fait et le sur-moi – celui qui tient l'amour pour la valeur suprême enseignée par ses parents -, refuse d'accepter son geste. Son attitude prostrée durant les auditions de la preuve montre que cette culpabilité le ronge toujours. Bissonnette n'est pas Hitler, il est seulement un parmi tant d'autres Caïn


Sherbrooke
le 30 mars 2018.
le 13 avril 2018.