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samedi 11 août 2012

Oncle Mitch : L'ombre d'un doute…

Alfred Hitchcock. Shadow of a doubt
ONCLE MITCH : L'OMBRE D'UN DOUTE…

Depuis que j’écris des petits textes sur le mouvement étudiant au carré rouge, j’ai toujours pesté contre l’intervention opportuniste des syndicats, et en particulier de la F.T.Q., le plus corrompu de tous. Son président, Michel Arsenault, un «invité» de Fat Tony Accurso, n’a pas cessé, tout au long de ce conflit, de jouer les mauvais conseillers, voulant modeler le mouvement étudiant à l’image de son organisation véreuse. Car, «Mitch», comme on doit l’appeler entre petits copains, donne sa bénédiction aux vieilles stratégies syndicales américaines : mensonges auprès des membres, maraudage chez les syndicats voisins pour bénéficier de plus de cotisations syndicales, langue de bois servie en assemblée, usage de l’intimidation et de la violence contre les opposants ou les  cas de consciences que dégoûtent tant de tripotages, PPP avec le gouvernement et le patronat au point qu’on se demande quand est-ce qu’on parlera des Pyndicats ou des PPPS… zzzzz répondrait le Capitaine Bonhomme.

L’avantage lorsqu’il y a des présentations de sports à Radio-Canada, c’est que je suis forcé de regarder le bulletin d’information au réseau privé concurrent, TVA. C’est là où j’apprends la triste fin d’un membre de gang de rue tiré en plein dans le stationnement - Ouille! Ça, ça fait mal! - et, en effet, décédé sur le coup. Mais le vomitif servi au bulletin du midi, ce 11 août 2012, c’est d’entendre Arsenault vider son sac de malices en disant que lors de l’affrontement de Victoriaville, le 4 mai dernier, opposant les manifestants aux agents trouillards de la S.Q., c’était le syndicat qui avait défrayé le coup de l’autobus qui transportait les manifestants. Mais, «oncle Mitch», voulant bien mettre les choses au clair, avait prévenu lesdits étudiants que s’ils s’engageaient à commettre des actes de violence, cela ne pourrait qu’aider à la réélection de Jean Charest (ce thème n’était pourtant pas encore mis de l’avant à la date susdite) et que par le fait même, le syndicat ne leur paierait plus les facilités de transport. C’est alors que l’infâme Gabriel Nadeau-Dubois, cette âme sombre et sournoise, (ahahahahah! devrait faire la foule scandalisée), lui aurait dit de se mêler de ses affaires et de ne pas intervenir dans le conflit étudiant.

Aujourd’hui, «oncle Mitch» se dégonfle. Pauvre bête, il a des remords! Maintenant que le perfide Nadeau-Dubois est sorti du décor, il peut lui faire porter l’odieux d’une violence de laquelle il était absent, puisque les négociateurs du gouvernement essayaient de l’entuber au même moment, à Québec. Aujourd’hui, par sa lâcheté, sa veulerie, sa trahison (oh! la belle solidarité entre les défenseurs des travailleurs et les étudiants; on croirait une reprise bâclée de l’échec de Mai 68!), indirectement, «oncle Mitch» donne un coup de pouce à son ami Jean Charest pour faire peser sur les épaules d’un apprenti le fardeau de la violence révolutionnaire. Il y a des amis qu’on est mieux de tenir loin de soi, plus loin encore, au Nord si possible, que ses ennemis.

Pourtant, le rôle d’«oncle Mitch» était tellement peu subtile qu’on le sentait venir dix pions d'avance. Lorsqu’il était à la première ronde de négociation avec la ministre Beauchamp, pendant que se déroulait l'affrontement de Victo précisément, sa stratégie de «modérateur» avait déjà pour but de manipuler la partie étudiante et se donner ainsi bonne figure auprès du gouvernement libéral. Sa volonté de «bosser» les leaders étudiants transparaissait sur sa face brutale. Visage crispé, mâchoires d’acier que les Métallo - les premiers qu’il ait entubé dans sa brillante carrière -, ont dû lui forger à la force de leurs poings, ce technocrate, dont Wikipedia nous invite à douter de son existence même puisqu’elle ne peut dire, avec précision, s’il est né en 1950 ou 1951, traîne avec lui une réputation qui ne cède en rien à celle acquise par le Premier ministre. Chez Arsenault, donc, tout est douteux, y compris jusqu’à sa date de naissance! On ne peut guère douter davantage…

En 1958 paraissait le film de Stanley Kramer, The Defiant Ones, en français, La Chaîne. Deux évadés d’un fourgon cellulaire, un Blanc et un Noir, joués respectivement par Tony Curtis et Sydney Poitier, liés par leur chaîne, partagent un racisme commun l’un envers l’autre. S’engage alors une poursuite avec «les forces de l’ordre». Les anecdotes auxquelles sont confrontées les deux hommes finit par les lier ensemble, de sorte qu’une complicité, mieux une amitié, finit par les unir contre l’adversité commune. Aboutissant chez une veuve, celle-ci tombe amoureuse du Blanc, va sans dire, et envoie le Noir tomber dans un piège. Lorsque le Blanc apprend la traîtrise de sa bourgeoise, il se précipite pour alerter son nouveau copain. La fin, vous l’aurez deviné si vous n’avez pas vu le film : les deux sont repris par la Justice.

Eh bien, c’est menottés de cette façon que Charest et Arsenault devraient comparaître ensemble le jour du Jugement dernier (puisque, entendons-nous bien, jamais la Justice québécoise n’osera accuser, procéder et condamner un ex-Premier Ministre. Déjà le sort de Lise Thibault traîne en longueur - on souhaite que le bon Dieu vienne la chercher au plus sacrant, ce qui mettrait fin à la pesante poursuite engagée contre l’ancienne cheftaine de l’État du Québec -; la comparution des deux scélérats serait digne d’un tableau surréaliste). Quelle belle Quebec connection : Magouilleurs de la construction, Policiers, Syndicalistes, Politiciens, Juges. Trop beau pour être vrai! Une vraie brochette épicée «mange comme un homme» de P.F.K.!

Mais ne nous laissons pas distraire par des fantasmes dignes de la CAQ, et revenons au triste rôle d’«oncle Mitch» dans le mouvement des carrés rouges. Il en dit beaucoup sur la façon dont le syndicalisme ouvrier en est venu à la fois à considérer ses propres membres et l’importance de se donner une couverture capitaliste (le fonds de solidarité) pour partager les fruits de la corruption avec les entrepreneurs. Certes, aucune accusation, pour le moment, ne touche «oncle Mitch», sinon qu’il a taquiné le poisson avec Fat Tony et peut-être peloté quelques escortes qui meublaient le yacht. Rien pour conduire en cellule, quoi. Par contre, si les agents de la G.R.C. découvraient dans les papiers des entreprises d’Accurso d’étranges arrangements avec le syndicat des chantiers FTQ construction par exemple, «oncle Mitch» pourrait recommencer à suer comme un vrai Métallo! Après tout, n’avait-il pas été l’un des seuls, avec son ami Jean Charest, à ne pas demander une enquête sur la construction, il y a deux ans, alors que le reste de la Province hurlait à hue et à dia? Il ne s’est rallié à celle-ci que lorsque ses concurrents en maraudages, la CSD et la CSN, en ont demandé une! «Oncle Mitch» n’est donc pas le fin renard des tractations syndicales qu’il prétend être, car il laisse des traces de break sur tous les fauteuils où il s’assoit.

Le mouvement étudiant s’est présenté à lui comme une belle occasion d’injecter un peu de botox dans la face molle du mouvement ouvrier. Pour une fois qu’une partie substantielle de la population manifestait dans les rues contre un gouvernement corrompu, la situation était trop belle pour la laisser passer. De plus, trois leaders étudiants charismatiques, voilà de bien belles proies. Comme le vieux pervers des mauvais contes pour enfants, il n’avait qu’à s’approcher et à seriner à leurs oreilles qu’il avait de l’expérience et assurerait au mouvement étudiant le soutien logistique indispensable de la machine syndicale FTQ pour mener à bien leur entreprise de contestation. Ces trois nigauds, pensait-il, se laisseraient enchanter par la langue en barbelé d’«oncle Mitch» et, une fois l’entente enduite de vaseline, passée, acceptée, les étudiants retournés dans leurs classes, «oncle Mitch» aurait bien mérité du Parti Libéral. Or, nous le savons, les étudiants ont refusé d’entériner l’entente en question. Ce ne sont pas les leaders, qui l’ont prise et apportée, sans commentaire, auprès de leurs mandataires, qui ont décidé de virer capot. Ce sont les étudiants qui, démocratiquement, l’ont rejetée. La «crosse» que passe ordinairement la centrale en tant que négociateur pour ses propres membres n’a pas fonctionné dans les assemblées étudiantes. À partir de ce moment, «oncle Mitch» s’est senti profondément blessé puisque Nadeau-Dubois, Desjardins et Bureau-Blouin n’avaient pas livré la marchandise. Que Nadeau-Dubois ait dit ou pas les termes qu’«oncle Mitch» rapporte aujourd’hui est sans importance, puisque l’échec était consommé à partir du moment où les étudiants votaient contre l’entente qu’«oncle Mitch» et Line la Pas Fine avaient conclue. Line pouvait bien démissionner, tant qu'au rôle douteux joué par «oncle Mitch», il n'avait plus qu'à décamper, low profile.

Car il ne faut pas oublier que l’entente avait été négociée en présence et avec la participation des centrales syndicales. «Oncle Mitch» s’était débattu comme un vrai diable dans l’eau bénite pour faire accepter la proposition gouvernementale comme base de négociation. Bref, la gifle étudiante, elle battait froid aussi bien la ministre Beauchamp que les chefs syndicaux. Si Nadeau-Dubois avait dit la phrase qu’«oncle Mitch» lui attribue, au moment où il prétend l’avoir dite, rien n’empêchait «oncle Mitch» de décommander l’autobus puisqu’il savait que les casseurs seraient du voyage à Victo. C’est donc après et non avant Victo que la phrase de Nadeau-Dubois a été dite - si elle a été effectivement dite -, donc après que les étudiants aient voté contre l’entente et ainsi giflé le Corbeau, qui, il l'espérait, entendrait les étudiants lui chanter que
…Sans mentir, si votre bavardage
Se rapporte à votre accursotage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de nos syndicats.
Il dut se contenter plutôt d'entendre:
À ces mots l'Arsenault ne se sent pas de joie,
           Et pour montrer sa grosse voix,
   Il ouvre sa large trappe et laisse tomber son condo de Floride
«Oncle Mitch» avait de quoi être en maudit puisqu’on lui refusa, s’il l’a demandé, de participer aux négociations ultérieures. Le mouvement étudiant n’apparaissait donc pas «mûr» pour être dirigé par un chef de la valeur de celui de la FTQ. Et c’était tant mieux.

Voilà pourquoi, aujourd’hui, il se venge d’un absent - et les absents ont toujours tort - en lui faisant porter le fardeau de la responsabilité des violences à Victo. C’est du Shakespeare. Ni Richard III, ni Iago n’ont le pathétique de cette âme morte qui goutte les croutons que les puissants lui donnent à manger lorsque se brassent de grosses affaires. Comme le gouvernement Libéral négocie sur le dos de la population québécoise, la FTQ négocie sur le dos de ses travailleurs le condo et les voyages de plaisance d’«oncle Mitch». L’un ne va pas sans l’autre et tous deux sont des produits de la régression parasitaire de la société québécoise. On ne peut que se débarrasser des deux en même temps, s’il s’agit d’assainir les mœurs québécoises.

Le fait que les étudiants lâchent prise au moment de la reconduction de la «grève» ou du «boycott» enlève sans doute à Jean Charest un cheval de bataille pour faire oublier les malhonnêtetés auxquelles son gouvernement semble avoir participé, coupant l'herbe sous le pied à sa propagande. Mais cela mine tout autant la sincérité de l’investissement que les étudiants et les étudiantes ont mis au cours du printemps dernier dans leurs manifestations. Ils et elles acceptent, à leur tour, de se laisser corrompre en participant à une session qui est déjà pourrie d'avance. Obtenir un diplôme bidon, après s'être tenu sur le Red Bull et pratiquer un sprint final de travaux et d'examens justifiant la même compétence qu’en une session ordinaire, c’est contribuer au mensonge qu’ils et elles n'ont cessé de dénoncer avec tant de vigueur voilà quelques mois à peine. Cet idéalisme était-il donc si superficiel pour qu’on puisse le sacrifier à des notes ampoulées dans un programme déjà grevé et adapté pour des étudiants intellectuellement déficients? Ce sont les étudiants et les étudiantes qui traceront les limites du cursus universitaire de l’avenir. S’ils choisissent la voie facile, alors, à quoi bon tenir des États Généraux sur l’Éducation, c’est de l’argent gaspillé et on peut bien penser que le diable les emporte puisqu’on les oubliera à nouveau comme on les oublie depuis toujours, jusqu’à la prochaine grève de prêts et bourses. Qu’ils s’achètent donc un diplôme sur le marché noir, comme on achète un chandail U.C.L.A. dans une boutique de la rue Saint-Paul, et ça ira plus vite pour accéder au marché du travail. S’ils veulent se donner bonne conscience en lisant un Que sais-je? par cours par session, qu’ils se précipitent dans certains programmes donnés par des professeurs paresseux ou des chargés de cours désaffectés de leurs taches ou bien encore par des enseignants honnêtes mais surchargés de travail. Pendant ce temps, l’augmentation des frais de scolarité sera dépensé tandis que le gouvernement distribuera aux compagnies étrangères d’extraction de matières premières les subventions d'aide et les frais d’aménagement d’infrastructures pour renflouer les poches des 'tits n'amis du Parti. Alors, les Legault, Beauchamp, Marois et Courchesnes auront été les ministres de l’Éducation que les étudiants et étudiantes auront mérités. Et ils retourneront en paix à leur médiocrité intellectuelle et morale. Ils confirmeront que les grandes luttes ne sont pas faites pour être tenues par des enfants.

En attendant, Fat Tony, «Oncle Mitch», Jean Charest le «bon père de famille» et tous les consensuceurs en qui sont réconciliés ceux qui consentent et ceux qui sucent, retrouveront le Québec incestueux de toujours. Nous aurons tous mérités; et ce syndicat et ce gouvernement. Et plus jamais personne n’aura la prétention de croire en la dignité du peuple Québécois au point d’oser se tremper les mains dans la fange avec l’espoir de lui redonner une beauté⌛
Montréal
11 août 2012

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