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mardi 12 juin 2012

Lettre ouverte à Madame la ministre Christine Saint-Pierre

Christine Saint-Pierre, ministre de la Culture du Québec
LETTRE OUVERTE À MADAME LA MINISTRE CHRISTINE SAINT-PIERRE

Chère Madame la ministre.

Naguère, il n’y a pas si longtemps, je suivais vos reportages sur les ondes de la chaîne de Radio-Canada, surtout lorsque vous étiez correspondante à Washington. De beaucoup de journalistes, vous m'apparaissiez une femme sympathique, une journaliste professionnelle et éthique, qui donnait des aperçus brillants sur la politique américaine, et je vous tenais pour une personne intelligente, instruite et dotée d’un bon raisonnement politique.

Votre adhésion au Parti Libéral du Québec fut une déception. Mais, bon. Chacun a droit à ses opinions politiques et notre système garantit à la fois sa liberté et son expression. Aussi, ce n’est pas votre personnalité qui a changé, je vous crois toujours aussi intelligente, brillante et politiquement avisé qu’auparavant. Ce qui a changé, c’est ce qui se passe autour de vous. Dans cet affreux conflit social qu’est la crise étudiante et que le gouvernement duquel vous êtes solidaire est le principal responsable. Outre la démagogie et l’abus du pouvoir législatif pour se sortir d’une situation embarrassante dans laquelle il s’est placé - considérez, chère madame, que le montant prévu par la hausse des frais de scolarité est déjà fortement entamé par les frais que la résistance populaire auront coûté en service de police et en paralysie des tribunaux, ce qui n’est pas une façon très «éducative» de dépenser la hausse des frais de scolarité! -, vos collègues se font régulièrement éclabousser par des suspicions de toutes sortes, liées au financement occulte des partis politiques, les délits d’initiés, les contrats publiques sans soumissions et autres fraudes qui confirment que, si le Parti Libéral peut être lavé de ces accusations, il ne sera jamais blanchi de la suie qui vient du dicton qui veut qu'il n’y a pas de fumée sans feu.

Sachez que j’aurais souscrit à la lettre que «les acteurs et actrices du milieu culturel» ont fait circulé s’il n’y avait pas eu quelques erreurs politiques. Je suis aussi indigné qu’eux que vous ayez osé déclarer d’une façon dont le ton résonne comme venant d'un poubelliste de radio de province et non d'une journaliste de la très respectable SRC : que «nous, on sait ce que ça veut dire le carré rouge, ça veut dire l’intimidation, la violence, ça veut dire aussi le fait qu’on empêche des gens d’aller étudier». Cette phrase est malheureuse et on ne l'attendrait pas venir de la bouche d'une personne intelligente. Car, précisément, vous ne savez pas ce que «ça veut dire» le carré rouge, ou toute forme de drapeau rouge. Vous ne voyez que le drapeau des communistes (le drapeau anarchiste, comme vous le savez sûrement, est noir). Vous ignorez manifestement que le rouge était la couleur du premier drapeau des révolutionnaires bourgeois. Les plus libéraux d’entre eux, ceux qui défiaient le despotisme (mal) éclairé du roi Louis XVI de France. Par contre, l’insigne vert, celui que Camille Desmoulins afficha à sa veste lors de son fameux discours aux cafés du Palais-Royal, précéda les «violents», les «terroristes» qui prirent d’assaut la Bastille et tranchèrent la tête de son gouverneur ainsi que celle du prévôt des marchands de Paris, l’équivalent de notre bon Gérald Tremblay. Ce n’est que lorsque le roi, après que les Parisiennes l’eurent ramené de Versailles, avec toute sa famille, que le drapeau bleu-blanc-rouge - la couleur des Bourbons entre les deux couleurs de la ville de Paris -, que le drapeau rouge se vit remplacer par l’actuel tricolore.

Le drapeau rouge restait, entre-temps, le drapeau des républicains, des «patriotes» qui refusaient de concilier avec un monarque qui déjà trahissait avec les puissances étrangères pour prendre à revers son propre peuple. C'est sous le drapeau rouge que les citoyens de Paris allèrent signer la pétition du Champ-de-Mars, le 17 juillet 1791, demandant l'abdication du Roi. Comme vous, aujourd'hui, se sentant terrorisés, le maire et le général de la garde nationale firent ouvrir le feu sur la foule manifestante et il y eut plusieurs dizaines de morts. Un roi qui trahit, c’est comme un Premier ministre qui s’octroie une prérogative qui ne lui est concédée ni par l’esprit d’une constitution (qui n’existe pas autrement que comme constitution d’un pouvoir autre qui n’est pas celui du gouvernement du Québec), ni par la tradition sinon celle d''exceptions qui confine au terrorisme d’État, comme nous l'avons connue avec la loi du Cadenas de Duplessis, la chasse aux Témoins de Jéhovah (l’affaire Roncarelli), la répression «musclée» par les satrapes de la Police Provinciale sur les grévistes, chômeurs et leaders d’opinion (socialistes, communistes ou indépendantistes), ou tout simplement, parce que, comme Fred Rose, ils étaient juifs ou même Canadiens Anglais (Wilbert Coffin). Qu’un ministre de la culture avec votre finesse de raisonnement ne voit pas que l’action de son gouvernement s’inscrit dans une telle tradition devrait avoir la honte plutôt que l’effronterie de monter sur la place publique et dire ce que vous avez dit. Les acteurs et actrices de la création culturelle au Québec demande une rétractation. Ils sont bien gentils. Moi, c’est votre démission que je demande.

Certes, je ne l’aurai pas, car la Christine Saint-Pierre des reportages de Radio-Canada, intelligente, brillante, dotée d’une analyse politique studieuse, a suivi les pas de Pierre Laporte. Lui aussi était un homme intelligent, brillant, doté d’une fine analyse politique. Lui aussi avait démasqué «le vrai visage de Duplessis», avait participé au gouvernement libéral du temps où la Révolution tranquille lui donnait un objectif qui dépassait les paramètres d’un «retard économique et culturel» du Québec. Pourtant, ses expériences avec ce même Parti Libéral l’avaient déçu. Il avait compris, trop tard, que les partis politiques sont constamment sollicités par des lobbies avec lesquels il faut «passer des ententes tacites» afin d'obtenir les subventions capables de mener une campagne électorale gagnante. Ce n’est pas avec les $100. ou $500. de tel ou tel généreux contributeur au Parti qu'une campagne électorale peut se mener. Et Laporte, plus par dépit que méchanceté, a sombré dans ce qu'il dénonçait violemment chez Duplessis! Voilà pourquoi un parti dont les objectifs idéologiques sont confortablement installés, devient un parti qui s’ankylose et tend à l’artériosclérose, ce qui limite la circulation des bienfaits que l'on attend d’un bon gouvernement et à l’encroûter dans la corruption et la rapine. C’est une «loi» sociologique qui touche tous les partis politiques, et ni le Parti Québécois, ni Québec-Solidaire n’échapperaient à cette «loi» s’ils accédaient au pouvoir et installaient leur idéologie respective. Je ne vois pas pourquoi il en irait tout différemment du Parti Libéral.

Votre vis-à-vis Pierre Curzi, idéaliste au-delà de tout réalisme, lui, a compris comme d’autres artistes avant lui, que le monde de la politique n’était mu par aucun idéal platonicien. Le pragmatisme et le goût absolu du pouvoir rendent les partis absolument serviles aux intérêts. Nous l’avons vu avec les gouvernements communistes, vous avez vous-mêmes couverts des scandales de la politique américaine, et vous n’ignorez pas, depuis le célèbre Scandale du Pacifique Canadien (1873) qui fit tomber le pouvoir des mains de John A. Macdonald et celui du Chemin de fer de la Baie des Chaleurs (1891), qui dégrada le bien-aimé Honoré Mercier jusqu’à le mener à sa tombe parce qu’il avait eu le malheur de se tenir avec le bailleur de fonds du Parti Libéral de l’époque, Ernest Pacaud, ce qu’il en coûtait de se faire prendre à contourner les lois implacables du marché en régime de laissez-faire. Non, ce ne sont pas les étudiants, et encore moins les manifestants de la CLAC qui peuvent venir à bout de votre parti, mais le Parti Libéral lui-même, par ses maladresses politiques et son miroir aux alouettes économiques. M. Charest se vante de vouloir parler économie. Il en parle parce qu'il se refuse à intervenir dans ce domaine, ouvrant, comme les Libéraux de jadis, ceux de S.-N. Parent et de Lomer Gouin, la porte aux investisseurs étrangers pour venir piller nos ressources naturelles et exploiter nos travailleurs. Votre parti paiera surtout pour la façon dont il laisse tomber ses pourvoyeurs financiers lorsqu'il sent la soupe devenir chaude. Ça prend le père de l'ex-ministre Tomassi qui, à lui seul, vaut toute une légion d'étudiants en colère, pour menacer réellement l'avenir du Parti Libéral au pouvoir.  Ce qui est désolant, c'est que vous contribuiez, même passivement, à cette déchéance, ne faisant plus de vous que l’ombre de ce que vous étiez quand vous étiez réellement au service du publique.

Il y a des erreurs politiques dans cette lettre des acteurs et actrices de la  scène culturelle, écrite davantage avec l’humeur qu’avec la raison. Ainsi, la vieille image paternaliste qui présente le Premier ministre comme le «représentant de tout un peuple». Cela allait lorsque l’infirmier à l'urgence de l'hôpital qui reçut Ronald Reagan, blessé après l’attentat dont il fit l’objet, l'accueillit ainsi : «Aujourd’hui, monsieur le Président, tout le monde est républicain». Mais ce ne peut être le cas d’un Premier ministre en régime britannique puisqu’il n’est que le chef d’un parti, d’une faction (toujours de plus en plus limitée si l’on additionne les abstentions et les votes contra) de l’électorat. Aussi, votre Premier ministre ne peut prétendre, en aucun moment, être le «père de la nation», ou «le bon père de famille» comme l’invoquait le jeune et naïf Léo Bureau-Blouin. Croire également que le ministre de la Culture est là pour les artistes, les acteurs et actrices, les créateurs de «produits» culturels est une autre de ces naïvetés désolantes. La Realpolitik veut que le ministère de la Culture soit celui de la Propagande et des discours officiels de l’État. Nous sommes en Amérique du Nord ici, et aux États-Unis, la culture est une affaire d’ordre strictement privée, d’où l’inexistence d’un poste équivalent au vôtre auprès du Président. Le rêve d’un Ministère de la Culture est celui d’un André Malraux aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, où tant d’artistes et d’écrivains s’étaient compromis avec la Collaboration, et où tant d’autres avaient participé à la Résistance. Dans le contexte des persécutions sous le régime de Vichy, l’édition française, le cinéma français, les arts plastiques français purent renaître aux lendemains de la Libération. Votre rôle consiste à détenir un portefeuille ministériel et à l’administrer. Vos goûts personnels n’entrent pas en ligne de compte avec les choix qui sont faits sur la répartition des budgets à la Culture. Croire, comme le dit cette lettre que ce sont les «artistes et les travailleu(rs)ses culturel(le)s qui fondent les raisons d’être de» votre ministère confine à ce mauvais jugement qui fait larmoyer les vieux travailleurs d’usine lorsque la compagnie (de direction étrangère trop souvent) décide de fermer ses portes après avoir obtenue de généreuses subventions à même les fonds publiques québécois : «Pourquoi ils nous font ça! Nous étions ici une grande famille!» Mais est-ce là, honnêtement, l’affaire des entreprises de créer et d’exister pour soutenir des «esprits» de famille? Je vous crois suffisamment honnête pour répondre non à cette question. Il en va de même des ministères. La gouvernance n’a rien à voir avec les sentiments familiaux, et si ceux-ci sont utilisés à des fins perverses, comme jadis le Premier ministre Mulroney évoquait la «famille canadienne» en pensant aux provinces-sœurs, cela relève de la propagande dont Patrimoine Canada, sous les Libéraux fédéraux, a maladroitement tiré parti. Le scandale des commandites a montré à quel point l’avilissement de la culture en simple propagande d'État était une dégradation du «patrimoine» national même.

Contraiment à vos prédécesseurs immédiats, vous m’apparaissiez au départ, comme l’héritière du fondateur de votre ministère, le libéral Georges-Émile Lapalme. Humilié du temps où il était le chef du parti devant ce grossier personnage que fut Maurice Duplessis, Lapalme voulait que le Québec ait un ministère calqué sur celui de Malraux en France, c’est-à-dire un ministère qui fasse de la culture québécoise autre chose qu’une culture de colonisés, béâtement admiratifs devant les cultures étrangères et méprisant ses propres productions. Certes, il voulait également rehausser la qualité de ces productions, croyant que nous n’étions pas un peuple plus taré que les autres, que nous avions plus à exprimer que des vaudevilles de scènes grivoises d’une part, ou, d'autre part, de répétitions inlassables de pièces classiques françaises comme si le théâtre était mort avec Racine, ce qu’essayaient de transposer en vain un Paul Toupin. Mais après, et durant même les années de gouvernements péquistes, le Ministère de la Cutlure n’était plus que le ministère des affaires culturelles. Le ministère de la business culturelle, et malheureusement, cela n'a pas changé sous votre mandat. Le nom, certes, a été rectifié, mais l’esprit mercantile est resté le même. La culture, au Québec, n’est valorisée que si elle se montre rentable et surtout ouverte au marché international; pour les autres, c’est l’aide sociale (vous me pardonnerez de ne pas utiliser l’allégorie mensongère de la «Solidarité»). Comme Jean Lesage, entre quatre yeux, parlait du ministère des affaires culturelles comme étant la bébelle à Lapalme, je ne suis pas loin de croire qu'un Jean Charest parle du ministère de la Culture comme étant la bébelle à Saint-Pierre. N'attendez pas le jour où vous l'entendrez prononcer de sa bouche pour y penser.

Je ne pense pas que vous cherchiez à vous faire du capital politique, contrairement à ce que présuppose la lettre, mais une chose est certaine, votre capital politique va en souffrir. Votre «solidarité» avec votre gouvernement va vous coûter ce qu’il en a coûté à des Andrée Champagne et des Michaëlle Jean qui se sont abaissées à la servilité politique. Vous n’étiez pas obligé de rompre votre droit de réserve, mais vous l’avez fait, surtout par frustration, parce qu'un artiste a boudé son titre burlesque de chevalier de l’Ordre national du Québec. En ce sens, vous vous êtes méritée une part de la boue qui éclaboussait les autres et que, jusqu’à ce jour, vous aviez su vous épargner. Tout mouvement social entraîne aussi un mouvement culturel. De tout ceci, beaucoup disparaîtra, mais il y aura des œuvres, des films, des pièces de théâtre, des romans, des récits que vous serez tenue de financer sous peine de trahir la mission qui est celle que toutes populations attend d'un ministère de la Culture : faire connaître la diversité et la richesse des productions culturelles de la nation. Vos paroles malheureuses passeront à travers les extraits de vidéo, les citations, les références, et vous serez placée dans la situation absurde de financer des «produits» qui, le temps aidant, les esprits se calmant, montrera le manque de jugement que vous aurez manifesté à travers vos mots. Vous serez associée au terrorisme d’État, à la «terreur» judiciaire et policière lorsque la loi 78 - la loi scélérate, qui mérite bien son qualificatif - sera discréditée par les avis juridiques eux-mêmes. On ne pourra oublier votre complicité avec ce gouvernement dont le jugement de l’Histoire, malgré le mépris que le Parti Libéral du Québec lui porte, sera aussi sévère qu’il l’est aujourd’hui envers les actions infamantes des gouvernements Duplessis et Trudeau.

Oui, madame, pour une Ministre de la Culture, vous avez manqué de discernement dans vos propos et vous vous êtes vautrée dans l’inélégance d’un gouvernement méprisant et terrorisé par la vérité qui finira par l’éclabousser au cours des mois qui s’en viennent. Votre gouvernement est terrorisé et vous terrorisez, croyant que vous parviendrez ainsi à marquer votre point. Hélas, à quel prix! Votre victoire sur le mouvement social ne serait-elle qu'une victoire à la Pyrrhus? Si, au moins, vous vous souveniez du film de Charlie Chaplin, Modern Times, quand Charlot, saisissant un drapeau rouge qui vient de tomber d’un madrier de bois transporté à l’arrière d’une camionnette, se retourne sans s’apercevoir qu’une manifestation des libertés le suit, faisant du signe d’un quelconque danger un instrument qui guide un mouvement populaire, vous auriez compris la vraie signification originelle du «carré rouge». Vous rappellerai-je cette anecdote bien connue? Lors de l’invention des premières locomotives en Angleterre, en 1830, un concours fut tenu mettant en présence les différents prototypes de locomotives afin d’évaluer laquelle irait le plus vite. C’est George Stephenson, «qui remport[a] le concours de la meilleur machine. La Rocket n’[était] pas la première, mais c’[était] la plus célèbre des locomotives, en grande partie parce que n’ayant pas de freins, elle renversa William Huskisson et, bien qu’elle l’eût transporté d’urgence à l’hôpital en roulant à plus de 60 à l’heure, le pauvre homme en mourut».  (J. Thorn, R. Lockyer et D., Smith. Histoire de l'Angleterre, t. 2: de la restauration des Stuarts à l'Angleterre d'aujourd'hui, Verviers, Gérard & Cie, Col. Marabout Université, # 149, 1968, p. 140) Huskisson était un Tory, un conservateur mais en économie, c’était un féroce partisan du libéralisme classique, pour ne pas dire du capitalisme sauvage. À partir de ce moment, le Parlement vota une loi obligeant les trains à être précédé d’un homme à cheval portant un drapeau rouge! Comment Chaplin aurait-il pu démontrer qu’un avertisseur de danger signifiait également «l’intimidation, la violence, ou encore plus sottement, d’empêcher les autres d’étudier»? Non, ce que l’oxymoron chaplinesque évoque, c’est que l’appel au danger nécessite la mobilisation. L'appel au danger, ici, provient d'une taxation déguisée des frais de scolarité en vue de libérer de l'argent pour des entreprises autres; la mobilisation, la résistance à l'abus de ce pouvoir de puiser inconsidérément dans les poches des citoyens, malgré le fait que tant d'institutions associées au gouvernement (l'hydro-Québec, la loto-Québec et la S.A.Q.) servent déjà de taxation volontaire auxquelles finiraient par ressembler les universités et autres degrés scolaires?

Votre parti affiche généralement la couleur rouge, mais nous ne sentons pas que ses membres veulent intimider, violenter ou empêcher les gens d’étudier. Le fait que vous ayez perdu le sens de la signification profonde de la couleur rouge montre à quel point votre discours est vidé de toute aspiration à ce qui a fait la grandeur de l'idée libérale au Québec. Vous brandissez le rouge sans vous rendre compte qu’à l’origine, aux yeux des conservateurs, des ultramontains, des agents régressifs de la société québécoise, le rouge du Parti Libéral signifiait, également, «l’intimidation, la violence, etc». À tel point que pour se faire élire, Wilfrid Laurier dut, en 1896, rappeler que la signification rouge de son parti n’avait aucun rapport avec l’usage des drapeaux rouges en France en 1848 et en 1871, lors de la Commune de Paris. Mais la sémiologie des couleurs est inconsciente. Le sang, la passion, l'ardeur sont plus forts que les mots d’un politicien qui essaie d’amadouer l’électorat. Il est paradoxal que les vrais libéraux, aujourd’hui, sont dans la rue, portant un carré rouge, véritables successeurs des Dessaules, Marchand et Mercier qui affichaient leur couleur rouge plus d’un siècle plus tôt et furent les victimes, en leur temps, de la répression cléricale. Le carré rouge des étudiants ne serait-il que ce mauvais rappel des origines de votre parti comme un parti peu recommandable? Aux origines controversées, diabolisées, vouées aux gémonies par Mgrs Bourget et Laflèche? Carrés rouges + Commission Charbonneau = Les libéraux ont été, sont et resteront toujours des partisans dénués de tous scrupules, obsédés par l'«économie» (l'argent) et incapable de tout éthique sociale.

Un parti politique qui perd la souvenance de ses origines, du parcours de son histoire et de ses rivalités passées; un parti qui oublie la sémantique de ses symboles, de ses couleurs, de ses aspirations, est un parti qui n’a plus de culture. À moins qu’il considère, comme tout le reste, la culture comme une vulgaire potiche sur laquelle mettre un prix, auquel cas il n'hésiterait pas à sacrifier la langue française, la musique, le cinéma et l'art québécois, enfin les arts de la scène. C’est le cas de l’actuel Parti Libéral, et voilà pourquoi il suscite tant de mépris. Une chose est certaine, toutefois, un parti qui oublie sa propre culture ne peut prétendre à gérer la culture d’une collectivité. Et c’est pour cette raison que je demande votre démission et la fermeture d’un ministère qui, sous la gouvernance libérale, n’a plus aucune utilité sociale pour la population québécoise.

Avec ma désolation la plus profonde,
Je demeure respectueusement vôtre⌛

Jean-Paul Coupal
PhD Histoire
Université Concordia
Montréal,
12 juin 2012

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