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dimanche 27 octobre 2013

Les nouveaux Jetson : P.K.P., Robote et le Parti Québécor


The Jetsons
LES NOUVEAUX JETSON : P.K.P., ROBOTE ET LE PARTI QUÉBÉCOR


Il est possible que dans un demi-siècle, lorsque
les Québécois se retourneront vers leur passé,
considéreront que les trente années qui suivirent
la date du premier référendum furent les plus tristes,
les plus économiquement pauvres, les plus politique-
ment dégénérées et culturellement les plus grossières de-
puis le temps de Duplessis, et que l’Indépendance
a tout simplement régénéré le peuple québécois.
 
Lorsque j’étais enfant, j’achetais à un dépanneur sur la rue Foch, à Saint-Jean, en face des voies du Canadien-Pacifique, des comic books publiés en France sous l’acronyme S.A.G.E., des éditions qui reprenaient les personnages des dessins animés américains. Parmi eux, il y avait les personnages de Hanna-Barbera, dont les Jetson. C’était les Flinstones projetés dans le futur. On y retrouvait la bonne de la maison, pastiché sur le modèle de Hazel (Adèle) en la personne d’un robot femelle. Je sais que dans le dessin animé traduit en France, on l’appelait Rosie, mais dans les comic, elle s’appelait Robote. Dans le premier cadre d’une aventure, Robote recevait un autre robot femelle qui travaillait comme bonne chez les voisins et qui se trouvait prise au dépourvu devant une réception qu’elle devait organiser pour la famille de son patron. Robote lui proposait son aide. Pour la remercier, son amie lui lançait comme ça : «Robote, tu as un cœur en or»; et Robote de lui répondre : «Oh non! Il est en acier inoxidable». Je ne sais pourquoi, mais lorsque je vois Pier-Karl Péladeau s’harnacher au Parti Québécois et manipuler le gouvernement minoritaire de Pauline Marois, j’ai l’impression de revenir dans le monde des Jetson.


I. Les deux options qui se sont présentées aux Québécois pour leur indépendance
Pour comprendre où tout cela peut s’en aller, je rappellerai certains choix qui se sont présentés au cours du dernier demi-siècle où on peut dire que le militantisme indépendantiste a vraiment eu un sens. Entre le R.I.N. qui proposait un choix-choc, une rupture législative et exécutive avec le Canada et le mouvement Souveraineté-Association qui prévoyait le maintien de certains liens «organiques» avec le Canada (souvent on dit «le reste du Canada», ce qui signifie que ce mouvement n’a jamais songé à une véritable «indépendance» d’avec le tuteur confédéral), c’était bien deux options entièrement différentes qui répondaient au manifeste lancé par Daniel Johnson : Égalité ou Indépendance, en 1965. La soumission, puis la digestion du R.I.N. par le mouvement Souveraineté-Association montra assez vite que les deux options ne pouvaient co-exister dans une même formation et le froid établi entre René Lévesque et Pierre Bourgault finit par montrer la porte de sortie au second et avec lui les militants radicaux du R.I.N.. Ce premier schisme devait avoir des effets destructeurs pour l’option indépendantiste.


Une fois exposée l’idée que le Québec souverain partagerait avec «le reste du Canada» de communes institutions (l’armée, la monnaie, les passeports, etc.), la stratégie choisie pour faire avancer le système idéologique fut le scrutin référendaire. Plutôt que l’Assemblée nationale se proclame unanimement, après une élection, gouvernement d’un pays souverain répondant au principe du droit à l’auto-détermination tel qu’exigé par le manifeste de Johnson et reconnu par les nations unies, le gouvernement de ce qui était devenu le Parti Québécois opta pour une démarche «démocratique», c’est-à-dire la voie référendaire, comme si c’était aux citoyens du Québec que revenaient, naturellement, le choix de décider de l’avenir collectif. Personne ne remarqua que c'était mettre la charrue devant les bœufs, sauf peut-être leurs adversaires qui s'en frottèrent les mains. Les individus n’aiment pas décider pour la collectivité, surtout lorsqu’il s’agit de s’affranchir d’un état qui se présente, selon la formule célèbre de Leibniz qui faisait tant rire Voltaire, comme «le meilleur des mondes possibles», au risque de se retrouver pris dans un monde pire. Non seulement la population québécoise pensait cela dans sa sagesse populaire – qui n’en est quand même pas moins frileuse -, mais la plupart des membres du Parti Québécois «itou», et c’est le fin stratège Claude Morin qui influa sur la stratégie dite de «l’étapisme», d’une succession de référendums pour demander, puis pour être bien certains que les Québécois voulaient ce statut de «pays» autonome. De sorte que lorsque le référendum fut présenté en 1980, la majorité se porta pour le Non et laissa derrière elle un parti politique frustré, revanchard et décidé à faire payer à la population ses propres hésitations, ce qu’il fit peu après.

La stratégie référendaire est une stratégie maladroite et inadéquate pour un projet indépendantiste. Première chose, le concept de «souveraineté-association» contient cette insolence qui consiste à affirmer la souveraineté À CONDITION que le reste du Canada consente à une forme ou une autre d’association à laquelle il aura droit de participer (c’était le moindre qu’on pouvait lui offrir!). Évidemment, le chantage affectif (qui relevait du manifeste de 1965 de Johnson) et la prise en otage du «reste du Canada» pour se faire reconnaître légitimement souverain sont des non-sens politiques sans précédent dans l’Histoire. Que les résultats soient condamnés à l’avortement pour la suite des temps devenait incontestable. Même un référendum gagnant (à 50+1%) ne garantit pas que quelques années plus tard la même stratégie serve à ramener le Québec dans le Canada par un référendum fédéraliste humiliant à 50+1%. On ne «se sépare» pas pour se recoller après. Comme l’avait dit le chef du Parti Socialiste français, François Mitterand, au délégué du Québec à Paris, Yves Michaud : on proclame son indépendance puis on signe des ententes avec les pays qu’on veut par après. C’est la politique même du «bon sens».

Pourquoi a-t-on écarté tout autre option pour focaliser le processus de souveraineté à la seule stratégie référendaire? Parce que l’option indépendantiste restait fort minoritaire dans l’ensemble des sondages. On voulait un processus «démocratique» qui viserait à ne bousculer personne au sein de la grande «famille» québécoise. C’était se condamner à une stratégie angélique, mais en politique l’angélisme n’a pas sa place. Il fallait choisir entre une action fondatrice porteuse de mythèmes ou un long processus stérile et plutôt infamant par les résultats qu’il obtiendrait. C’est ce dernier choix qui l’emporta. Obtenir par un référendum la souveraineté, les mains propres.

Il est impossible de passer sous silence le fait que la montée du néo-nationalisme québécois des années 1960 n’était séparée que de vingt ans du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale qui avait été engagée au nom du nationalisme, de l’ethnocentrisme racial et du droit historique. Aussi, les philosophies qui avaient donné naissance aux mouvements fascistes et nazis étaient-elles tenues responsables des produits dégénérés qu’elles avaient engendrés. Le jeune journaliste René Lévesque, qui avait été parmi les premiers occidentaux à pénétrer à l’intérieur des camps de la mort en 1945, était revenu avec une hantise des conséquences terribles qu’un chauvinisme ethnique pouvait engendrer. En ce sens, il partageait la crainte des libéraux de l’époque (les Jacques Hébert, Jean Marchand, Pierre Elliott Trudeau) des effets sociaux d’un nationalisme réactionnaire. Tout le radicalisme que représentait le F.L.Q. et son aile politique, le R.I.N., lui apparaissait dangereux et il ne pouvait qu’œuvrer à l’intérieur d’un parti qui aurait assaini ses rangs de tout aile extrémiste. Là où l’audace était exigée, la hantise panique d’un dérapage vers l’extrémisme versait un venin neutralisant qui explique, non pas à lui seul certes, l’impossibilité de donner un dynamisme social au projet souverainiste. La fixation du système idéologique péquiste sur la nécessaire association avec un Canada dont on ne peut ni ne veut faire le deuil provient également de ce fantôme, non encore refroidi dans la conscience des Québécois, d’un Canada qui n’est plus celui dont on parlait à la petite école. L’incapacité de préciser un contenu, une utopie, à ce projet souverainiste au-delà des réajustements institutionnels, neutralise toutes communications affectives afin que les Québécois votent au référendum d’une manière avant tout rationnelle et froide. Cette hantise panique de voir les affects prendre le dessus sur la stratégie référendaire et conduire à d’autres moyens pour accéder à la souveraineté a été encore plus importante dans l’auto-neutralisation du militantisme québécois pour l’indépendance. Si on considère que René Lévesque trouvait le nom de «Parti Québécois» trop audacieux, on mesure déjà toute la gêne qui allait entraver les deux campagnes référendaires de 1980 et 1995. Parce que les troupes fédéralistes vendaient l’attachement au Canada assorti de la peur de perdre des avantages individuels (pensions de vieillesse comme allocations familiales) et de la crise économique qui devait (supposément) nécessairement s’ensuivre, la force se rangeait du côté des fédéralistes. Contre les affects mutilés, la raison a finalement eut gain de cause et la raison était du côté du Non.

II. Des formes d’accessibilité à l’indépendance nationale

On le sait, par le passé, aucun peuple n’a procédé de cette façon pour accéder à la souveraineté. Les Américains n’ont pas voulu la guerre d’Indépendance, il a fallu une minorité créatrice prise en étau entre la fidélité à la métropole britannique et l’incurie du Parlement anglais à lui donner satisfaction pour voir la population américaine, blessée dans son économie et son orgueil, prendre les armes et s’obliger à la démarche indépen-dantiste. Une fois l’indépendance accomplie, on tenta une première forme de gouvernement confédéral, décentralisée certes mais où les États refusaient les responsabilités qui leur incombaient. Aussi organisa-t-on en 1787 une convention à Philadelphie qui accoucha d’un statut fédéral qui entra en vigueur en 1789. La nouvelle Constitution américaine (We the people) est à la fois la plus vieille constitution moderne et, malgré le Bill of Rights ajouté par Jefferson – les amendements -, est restée celle qui est toujours en vigueur.

Le mouvement des nationalités en Europe, en 1848, entraîna une flambée de révoltes inspirées des révolutions françaises : à Vienne, à Budapest, en Pologne, en Allemagne morcelée et dans l'Italie des duchés. L’Allemagne et l’Italie n’étaient pas encore des «nations» dotées d’un État central. Ce «printemps des peuples» conduisit à un échec généralisé à partir duquel les systèmes fédératifs vécurent leur été de la Saint-Martin à travers des constructions bizarres comme l’Empire austro-hongrois ou des ligues comme celle de la Confédération du Rhin. Toutes ces cités-états ou ces principautés gravitaient autour de grandes capitales : Rome, Vienne, Berlin. En Italie, c’était le royaume de Savoie, situé à la frontière de la péninsule et de l’hexagone français, qui décida de tenir tête à la fois à l’empereur d’Autriche et au pape pour former un État italien autonome. On ne demanda pas aux Italiens ce qu’ils en pensaient. On s’appuya sur des groupes libéraux qui, dans les différentes cités de Milan, de Venise, de Naples et de Rome, nourrissaient des mouvements de militance nationale pour mener à bien la réalisation du projet. Un premier essai militaire par le roi Victor-Emmanuel II conduisit à un échec. C’est alors que son ministre, Cavour, décida, à l’exemple d’Archimède, de saisir l’Italie par l’extérieur. À Plombières, Cavour rencontra l’empereur des Français, Napoléon III, et conclut une entente contre l’Autriche. Lorsque la Savoie se confronta à nouveau militairement avec l’Autriche, le jeu diplomatique appuya les forces armées menées par Garibaldi. De là naquit le royaume d’Italie qui, au cours des années suivantes, s’imposa auprès de la population réticente. Comme devait dire si justement un homme d'État, Massimo d' Azeglio : «l'Italie est faite, il reste maintenant à faire les Italiens».

En Allemagne, le processus fut différent. Ici, c’est par une union économique, le Zollverein, que les différentes principautés et villes libres de la zone rhénane s’associèrent au royaume de Prusse. Le roi Guillaume Ier choisit Bismarck comme chancelier. Bismarck, appartenant à la vieille caste des junkers, était loin d’être un romantique bercé par les aspirations nationalistes. Comme Cavour, c’était un homme d’État pragmatique, pratiquant la realpolitik de la Raison d’État à la Richelieu qui fait fi de toutes les aspirations ou les scrupules stratégiques pour parvenir au maximum de puissance de l’État. Une fois le Zollverein implanté, Bismarck fit jouer le rôle naturel de la Prusse qui était celui de l’attraction de l’État le plus fort. Toutes les petites principautés et villes franches furent associées étroitement à l’armée prussienne pour défaire ses ennemis successifs afin de ramener les États de l’Allemagne du Nord dans le giron de la Prusse. Tour à tour, le Danemark, l’Autriche puis la France furent vaincus et mis au pas par la puissance «démoniaque» du chancelier qui offrit le IIe Reich au roi en Prusse sur un plateau d’argent dans la galerie des Glaces de Versailles. L’Allemagne commença sa carrière moderne par un gouvernement ultra conservateur mais qui, inspiré par le socialisme de Lassalle, castra les mouvements socialistes en concédant aux Allemands des politiques sociales qui ne pouvaient que rallier les Allemands suspicieux à l’idée de la nouvelle nation qui venait de leur être offerte par un lion audacieux doublé d’un fin renard.

Dans le cadre de l’empire autrichien, c’est la Hongrie qui, en 1848, fit le plus trembler le gouvernement de Vienne. La campagne de propagande de Louis Kossuth pour l’émancipation des Hongrois, menée à travers le monde, eut pu réussir si les Hongrois n’avaient pas, saisis entre les puissances slaves et les puissances germaniques, reculés au dernier pas pour préférer se réconcilier avec l’empereur. Pendant près de vingt ans, Vienne et Budapest vécurent en se regardant comme chiens de faïence jusqu’à ce qu’on convienne de donner à la Hongrie un statut royal semi-autonome. Il y avait un parlement hongrois, indépendant de celui de Vienne, mais l’empereur d’Autriche devenait roi de Hongrie. C’était la réalisation de ce vaste empire du Danube, regroupant des minorités nationales de toutes ethnies, de la Bohême à la Vénétie, des frontières de la Suisse à celles de la Russie. L’empire d’Autriche-Hongrie était formé …en 1867.

Si j’ai tenu à rappeler ces différents processus d’accès à la souveraineté politique de nations européennes au XIXe siècle, c’est pour que l’on saisisse mieux les différentes approches qui se présentent à nous si les Québécois tiennent sincèrement à accéder à un État de fait d’une population qui a la pleine auto-détermination de son destin. Cesser que les mots restes des formules pour devenir des réalités historiques tangibles.

III. Des dangers d’user la démocratie dans un processus nationalitaire

Dans aucun cas que nous venons de citer la démocratie a joué un rôle quelconque. Bien au contraire, c’est la proclamation des États souverains qui a entraîné le développement de la démocratie. La France avait vu sa démocratie renversée par le coup d’État du 2 décembre 1851 par le prince-président élu Louis-Napoléon Bonaparte qui, en vue de restaurer l’Empire, fit arrêter une partie importante de la députation, entérinant le tout par un plébiscite (truqué) qui lui donna une majorité écrasante. En Angleterre, la démocratie restait censitaire. Il fallait un montant de revenu fixé par le Parlement pour accéder au droit de vote. À l’exemple de la «mère des Parlements», le Canada n’a jamais officialisé le principe de la démocratie au suffrage universel. Ce n’est que par la diminution progressive du taux du cens - jusqu’à ce qu’il ne représente plus rien qu’un montant symbolique -, que le suffrage universel s’est imposé comme mode de gouvernement. Bismarck s’inspira du conservateur Disraeli pour organiser le système démocratique allemand afin d’utiliser l’esprit conservateur du peuple pour asseoir la puissance de la monarchie prussienne sur l’Allemagne.


Or, au Québec, ce n’est pas l’État québécois qui a créé la démocratie, mais la démocratie qui l’a précédé. Les Pères de la Confédération, se constituant en légitimité suite au scrutin du Canada-Uni, pouvaient, sans perdre leur légitimité, proclamer la Confédération unilatéralement, sans passer par une consultation populaire. Ils n’avaient qu’à finaliser l’accord avec Londres, la métropole de l’Empire. Ce qui se fit sans véritable problème. Dans la situation où le Parti Québécois s’est toujours senti placé, le respect de la légitimité démocratique a empêché, invalidé, écarté le principe du «coup d’État» qui était la troisième option stratégique de l’accession à l’indépendance. Le venin, qui neutralise l’action décisionnelle de ce parti lorsqu’il s’agit d’accomplir ce pour quoi il a été fondé, le rend inopérant sur le plan historique. Face à lui, le Parti Libéral n’est qu’un parti qui sélectionne les opportunités pour ses commettants. C’est ainsi que la proclamation d’indépendance unilatérale par le gouvernement Québécois qui s’est offerte à la suite de l’échec des ententes du lac Meech en juin 1990, eut été l’occasion pour le Premier ministre du temps, le libéral Robert Bourassa, de réaliser un coup de force, ce «coup d’État», devant l’affront canadien. Mais son manque de courage et les intérêts financiers qui le manipulaient l’empêchèrent de franchir le Rubicon, éteignant le tout par une oraison rhétorique fort goûtée, mais qui se révélait une abdication complète devant l’impasse constitutionnelle : la signature par le Québec de la Constitution rénovée de 1982. Cela dit, il n’est pas évident que si le Premier ministre de l’époque eût été péquiste qu’il aurait agi autrement. Un Jacques Parizeau sans doute, mais sûrement pas un Bernard Landry. Un Lucien Bouchard? Peut-être, mais il se serait sans doute ravisé assez vite, considérant que la colère est une bien mauvaise conseillère en matière politique.

À cela, ni la déprime post-référendaire de 1995, ni les gouvernements successifs des deux partis durant près de 20 ans ont changé quoi que ce soit. Les dissensions au sein du Parti Québécois ont plutôt révélé la fragilité du leadership une fois les ténor des années 70 disparus de la scène. La seconde génération de péquistes, celles d’administrateurs et d’hommes d’affaires au teint blafard à barnicles et à barbichettes, n’avait rien du charisme des premiers leaders du parti. La troisième génération a amené des faiseurs comme André Boisclair, des délirants comme Bernard Landry et la «comtesse» Pauline Marois qui ont donné à ce parti une allure de Grand Guignol. Dans cette longue chronique interminable d’une mort annoncée, les événements ont joué pour donner un souffle ultime à ce parti qui n’est plus aujourd’hui que l’ombre de ce qu’il a été dans ses meilleures années 1974-1980.

C’est donc dire que la démocratie a toujours joué contre l’affirmation de la souveraineté québécoise. D’abord en ne se manifestant pas lors de la proclamation unilatérale du Canada. Ensuite en se refusant à franchir le Rubicon du Coup d’État parlementaire (et non militaire) qui était offert sur un plateau d’argent par la faillite du long processus d’ententes négociées entre le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec. En s’en remettant toujours à la démocratie, l’impasse constitutionnelle est demeurée au point que c’est par la voie britannique de la tradition plutôt que par la signature de l’acte constitutionnel que l’inclusion du Québec s’inscrit dans la Constitution canadienne alors que cette mesure de laisser aller est pleinement un refus démocratique de la part de la population. La paralysie de la vie nationale et démocratique du Québec, la stagnation des institutions qui tendent à se corrompre et à perdre leur vitalité, l’émigration des «cerveaux» remplacés par une immigration manuelle et résistante à l’intégration, ajoutent aux problèmes essentiels. Plutôt que travailler à promouvoir et à meubler l’idée d’indépendance du Québec, le gouvernement du Parti Québécois se perd dans des valses hésitations sur une charte qui se limite à un seul élément – l’égalité homme/femme – qui la fait apparaître comme une offensive contre les musulmanes du Québec. On ne peut patronner une entreprise aussi importante d’une façon aussi maladroite et suicidaire. Il faut croire que la servitude sied bien aux Québécois et qu’ils s’en contentent aisément.

IV. Les nouveaux Jetson

On ne peut donc obtenir simultanément le beurre et l’argent du beurre. Ou plus précisément, on ne peut obtenir l’indépendance qu’en plaçant, pour un temps, la démocratie entre parenthèses. Pour sortir de l’impasse calcifiée depuis l’aspiration angélique de la souveraineté-association aux conditions rassemblées pour un référendum gagnant et autres stratégies débiles, il n’y a pas d’autres moyens que de corser le mouvement historique au moment où toutes les conditions semblent les plus favorables, au mieux, s'activer pour organiser leur rencontre.


Présentement, le gouvernement minoritaire du Parti Québécois a trouvé un souteneur en la personne du tycoon millionnaire Pier-Karl Péladeau (né en 1961). Son père, Pierre Péladeau, a monté sa fortune dans le monde des média. Québécor et ses entreprises affiliées concentrent un grand nombre d’entreprises médiatiques : Journaux populistes (Journal de Montréal, Journal de Québec) ou de vedettes; bailleur de fonds du prestigieux journal Le Devoir; propriétaire du réseau TVA érigé sur les fondements de Télé-Métropole, une télévision à grand publique. Enfin, le réseau de cablo-distribution Vidéotron où l’on retrouve la chaîne Illico et d’autres postes, le tout lui rapportant une fortune qui était évaluée, en 2010, à $670 millions. Avec une telle fortune et positionnés dans le quatrième pouvoir, Érik et Pier-Karl Péladeau sont en mesure d’influencer fortement l’avenir du Québec.

Jusqu’où vont les ambitions politiques de Pier-Karl Péladeau? Choisira-t-il, comme les Desmarais qui tirent les ficelles de la politique des Partis Libéraux (aussi bien fédéral que provincial), de rester discret et effacé? Ou bien s’engagera-t-il directement dans la politique active. Son père avait été l’un des seuls hommes d’affaires du Québec à soutenir le référendum en 1980 dans le camp du Oui. En mars 2013, Pier-Karl s’est départi de ses postes de direction des entreprises Québécor pour «offrir ses services» à la Première ministre Pauline Marois. Elle lui a confié la présidence de l’administration du joyau de l’énergie québécoise : Hydro-Québec. Homme d’influence ou femme sous influence?

Pour comprendre un peu mieux le caractère politique de Pier-Karl Péladeau, il vaut de mentionner que l’intérêt pour la chose politique remonte à ses années universitaires. Diplômé en philosophie de l’Université du Québec à Montréal, puis en Droit à l’Université de Montréal, le jeune Pier-Karl, à ses vingt ans, se promenait dans le quartier latin avec sa casquette lénine et s’affichait pour l’un des Partis communistes les plus étroits d’esprit et des plus violents. Du marxisme-léninisme de sa jeunesse, il ne peut ne pas avoir appris le sacro-saint principe du centralisme démocratique, cette forme vicieuse qui consiste à légitimer la parole et les décisions des dirigeants du parti au fait qu’ils représenteraient légalement l’ensemble des membres. Une fois au pouvoir, comme en Russie ou en Chine, le gouvernement étend le centralisme démocratique jusqu’à identifier le citoyen avec le militant du parti, d’où l’aspect totalitaire des régimes communistes qui fait fi des volontés individuelles. Cet esprit centralisateur des anciens cocos qui anime Péladeau se retrouve également chez un autre leader politique néo-nationaliste passé par les partis communistes des années 70, Gilles Duceppe, ex-chef du Bloc Québécois à Ottawa.

Paradoxalement, l’Occident a conservé et jumelé le pire du capitalisme sauvage et du communisme soviétique; c’est-à-dire l’économie néo-libérale et la politique du centralisme démocratique. On les retrouve aussi bien dans les partis politiques que dans les syndicats. La direction décide avant de consulter ses membres et lorsque vient le temps de les consulter, ceux-ci doivent accepter, sans trop les critiquer, les décisions de la direction. La ligne de parti, que ce soit chez les Libéraux, les Conservateurs, le Parti Québécois, Québec Solidaire ou la C.A.Q., repose sur ce même principe. La dissidence des députés ou des membres n’est autorisée parcimonieusement que sur des enjeux sans importance. La plupart du temps, la machine partisane s'accroche après l'engin. Les centrales syndicales fonctionnent de même. La direction syndicale décide et les travailleurs acquiescent. Toute résistance est vaine. Les oppositions, critiques, et reproches, sont difficilement supportés. La direction «démocratique» circule donc dans un sens : du haut vers le bas, comme une nouvelle féodalité post-moderne où la bureaucratie aurait pris la place de la vassalité. Avec le temps, la direction s’érige au-dessus des «masses» qu’elle en vient, naturellement, à mépriser.

Pier-Karl Péladeau dirige Québécor selon ce même principe. L’ancien paternalisme exercé par son père a cédé la place à une direction bornée et méprisante des employés de ses entreprises. Le long conflit inauguré par un lock-out au Journal de Montréal (2010-2011) a montré le style de gestion qui est celui des Péladeau. Répondant aux défis lancés par les nouvelles technologies de l’information, l’informatique et les appareils numériques, la rationalisation des entreprises Péladeau exigeait des coupes sombres dans le personnel et les dépenses. Sa réaction, en apparence, était conforme au coup que Power Corp. assénait au même moment à La Presse. La pensée économique de Pier-Karl Péladeau est aussi entièrement néo-libérale que celle qui fait rouler l’économie de marché en Amérique du Nord. Comme les Bouchard, Landry, Legault, Marois et autres, s’il s’engage directement ou obliquement dans la voie indépendantiste de l’État québécois, ce ne sera pas par amour des Québécois qu’il s’y engagera, mais pour l’amour de l’État du Québec, ce qui n’est pas du tout la même chose.

Car Pier-Karl Péladeau est un homme intelligent, ambitieux, qui aime exercer sa poigne. Il a combattu sur le terrain financier des entreprises comme Bell ou Radio-Canada pour obtenir la place qu’il voulait dans le marché des télécommunications. Du Télé-Métropole montréalais à TVA qui déborde les frontières du Québec, il tient sa place parmi les câblo-distributeurs avec sa chaîne en diffusion continue, LCN, sur l’ensemble du Canada. C’est ainsi qu’il affronte la chaîne concurrente de RDI. La langue ne pose pas de barrière dans les affaires de Péladeau. En 2007, il se porte acquéreur du groupe Osprey Media, l’un des plus importants éditeurs de la presse anglophone, ce qui fait de lui le plus grand éditeur de journaux au Canada. Il établit parallèlement un LCN anglophone, Sun TV News. Tous ces réseaux font la propagande de l'idéologie libérale néo-conservatrice.

Le néo-conservatisme est donc accepté par Pauline Marois comme étant, mieux qu’une prétention humoristique à une social-démocratie qui ne veut plus rien dire, la doctrine économique du Parti Québécois. La question qui se pose maintenant est la suivante. Jusqu’où les ambitions politiques mèneront Pier-Karl Péladeau aux commandes du Parti Québécois, qui semblerait de plus en plus s’appeler, dans l’esprit des cyniques, le Parti Québécor? Nos nouveaux Jetson, Pier-Karl et sa lumineuse épouse, July Snyder, qui partage également des ambitions populistes en ayant mis sur pied le mouvement des Janettes en vue de se porter à la défense de la Charte des valeurs québécoises proposée par le Parti Québécois, réduiront-ils le pouvoir exécutif du gouvernement en simple robot d’une démarche qui irait vers un accomplissement du programme du Parti Québécois qui est l’Indépendance? À ce titre, nos Jetson seraient à même, une fois parvenus au pouvoir, d’oser faire ce devant quoi Robert Bourassa a reculé d’effroi en 1991 : le coup d’État.

V. Technique du Coup d’État

La chose n’a jamais paru aussi probable que depuis ce temps. L’étiolement de la solution référendaire et l’attente messianique des conditions gagnantes ne font plus rêver personne. Péladeau est un homme qui rassure les milieux d’affaires tout en étant porté à la fois par une ambition de pouvoir, de contrôle, de décision, et l’aspiration qui animait son père, l’indépendance du Québec. Son centralisme démocratique lui permet de briser les reins à toutes ces dissensions qui ne cessent de surgir au sein du Parti Québécois. Assujettir les militants à son aspiration politique et à sa gestion comme il a assujetti les employés du Journal de Montréal en les forçant par la loi là où les négociations de bonne foi ne parvenaient pas à obtenir les résultats voulus, tel serait sans doute le mode de gestion non seulement du Parti mais d’un gouvernement du Parti Québécois décidé pour de bon à faire l’Indépendance.

Les motivations, si ambitieuses soient-elles, ne suffisent toutefois pas à un tycoon pour prendre le pouvoir et surtout s’y maintenir. Outre le fait qu’il est rare que des hommes d’affaires se mettent à l’avant-plan dans les gouvernements, encore faut-il qu’ils se dotent d’une stratégie purement politique. La génération de politiciens qui accompagna Robert Bourassa lors de son retour au pouvoir dans les années 1980, des libéraux influencés par le thatcherisme, voulurent gérer l’État québécois comme un immense Provigo. Leur échec a été aussi cuisant qu’il fut rapide. S’il est possible de réduire le Parti Québécois en Parti Québécor, ce sera une autre affaire avec l’État du Québec. Les États sécrètent généralement une fierté parmi ceux qui l’incarnent qui dépasse et se différencie à la fois de ce qu’une entreprise d’affaires, si grande soit-elle, peut générer chez ses dirigeants exécutifs. Voilà pourquoi, le narcissisme des Péladeau et Snyder les engage volontiers à se mêler d’affaires politiques. La couleur des partis vient en second plan, mais l’aspiration politique elle-même dépasse la partisanerie. Pier-Karl Péladeau ne fera pas de politique autrement que pour décider, ouvertement ou secrètement, des décisions qui marqueront définitivement l’histoire du Québec. C'est en ce sens que s'opérera le renversement de Pauline Marois, qui pour rester chef du parti et accomplir ses ambitions personnelles, devra se livrer à sa propre «robotisation».

Il ne suffit pas de prendre le pouvoir à la suite d’une élection démocratique pour prononcer automatiquement l’accession à l’indépendance. S’il est bon, dans un premier temps, d’écarter l’idée d’élections-référendaires, il faut, dans un deuxième temps, saisir toutes les dispositions du pouvoir qui autorisent l'ouverture à toutes les stratégies disponibles pour accéder au but. Il serait mieux de commencer par disposer nos pions à l’étranger. Non pas en en appelant à des souvenirs lointains en France ou à la quête de la liberté des Pères Fondateurs américains. Ces naïvetés sont d’une autre époque. Il faut entendre question d’argent pour tisser des liens avec des États afin d’obtenir, sinon leur intervention favorable dans la balance internationale, du moins qu’ils n’entravent pas l’affirmation du Québec. En ce sens où, comme en 1837, les États-Unis n’ont pas intérêt à se mêler des questions intérieures du Canada, les liens de confiance qui unissent la clientèle du Nord-Est des États-Unis avec le Québec producteur de matières premières et de ressources naturelles joueront beaucoup plus que les paranoïas qui portent, de toute façon, le gouvernement américain à surveiller ce qui se passe dans la cour des gouvernements étrangers, même alliés. Il faut isoler l’État canadien de tout support étranger dans ses tentatives de subversion du processus indépendantiste. La multiplication des relations commerciales, sous le chapeau même du libre-échange Canada-Europe ou des ententes commerciales Canada-Chine, doit servir à accentuer les échanges plus particuliers entre le Québec et les entreprises européennes ou chinoises. Nous devons leur apprendre que le libre-échange avec le Québec est une chose différente du libre-échange avec le Canada. Et, pour ce faire, il faut un nouveau dynamisme des entreprises québécoises dans différents secteurs de la production agricole et industrielle, quitte à se marginaliser des ententes signées entre Ottawa et Washington ou Bruxelles. Faire comme les Américains : protectionnistes à l'intérieur, libre-échangistes vers l'extérieur. Ce que les ententes canadiennes nous empêchent de réaliser présentement.

L’offensive ou la résistance militaire n’est plus au XXIe siècle ce qu’elle était au XIXe. Si l’armée canadienne a été appelée à résoudre des conflits intérieurs au Québec, que ce soit durant les crises de la conscription, en octobre 1970 ou lors de la crise d’Oka en 1990, il est difficile de confronter de front une armée nationale comme celle du Canada devant un peuple désarmé, surtout un peuple occidental. Le discrédit du Canada serait rapidement suivi d’une condamnation dans le reste du monde. Vient alors la bonne vieille subversion interlope, la levée de groupes terroristes financés et armés par Ottawa (ou même avec la complicité de Washington). L’exaspération de fédéralistes fanatiques, des actions commises par des factions turbulentes clandestines contre les symboles ou les édifices gouvernementaux, ayant recours peut-être même à des attentats de masses pourraient intimider aussi bien qu’outrager la population québécoise, reprenant la guerre civile contre les terroristes eux-mêmes. Mais, on le sait depuis le coup de la Brink’s, c’est par rapport à l’économie québécoise que se jouerait une guerre entre le Canada et le Québec indépendant. C’est donc sur les marchés internationaux que se livrera la guerre d’Indépendance du Québec. Je pense qu’un homme d’affaires de la trempe de Péladeau peut très bien le concevoir.

Il faut donc consolider les milieux d’affaires québécois, miser davantage sur une complémentarité des entrepreneurs moyens et petits, en région comme dans les grands centres urbains, afin de reconstruire une force économique contre les puissances financières qui resteraient inféodées aux intérêts fédéralistes. C’est par la variété d’une bonne harmonisation mieux qu’une concentration de quelques ténors des holdings multinationaux qu’une véritable puissance économique se définit. La richesse commence par la production et non la spéculation. Ce que nous avons à échanger vaut mieux que le fricotage des capitaux en intérêts magiques. L’indépendance du Québec doit se penser, comme au XIXe siècle, comme la création d’un marché québécois intérieur. Le marché québécois de jadis s’est dissous à la fin du XXe siècle. Le Québec est devenu une banlieue de plus en plus pauvre de Toronto et de New York. Il faut donc «repenser le Québec» comme un ensemble de régions à la fois productrices et transformatrices, avec travailleurs ou par automation, capables d'assurer un rendement vers la plus grande auto-suffisance possible, police d'assurance contre les mauvais coups qui lui seraient portés sur les marchés mondiaux par des entraves canadiennes. Les autres pays respecteront le Québec dans la mesure où il peut se montrer un partenaire ou un adversaire sérieux sur le plan mondial de l’économie. Pour le moment, c’est ce qu’il faut reconstruire et sans quoi, toute stratégie d'indépendance est vouée à l’échec.

La politique du centralisme démocratique apparaît, malheureusement, indispensable pour négocier la sécession et imposer le respect de l’autorité québécoise sur la scène internationale. La diplomatie doit se montrer créatrice, rusée parfois, mais toujours déterminée et intraitable. Le gouvernement ne peut en appeler à des consultations populaires sur tout et sur rien comme le fait présentement la veulerie péquiste. En retour, il faut éviter la mauvaise tentation de recourir au terrorisme. Les indépen-dances qui se construisent dans le sang ou la terreur véhiculent longtemps des souvenirs revanchards et des instabilités inutiles sinon nuisibles. Le cas français est bien connu, et je ne parlerai pas de la Russie ni de la Chine. La liberté de penser, la liberté de conscience, la liberté d’expression sont des seuils qui ne doivent pas être franchis et le danger de la presse Québécor à user de démagogie populaire pour défendre le néo-conservatisme est  débilitant; c’est le culte de la barbarie. Or, la barbarie n’est pas nécessaire pour fonder un État québécois mature et dont la culture doit s’élever au-dessus des folklores pervertis en «culture populaire». Si l’indépendance doit user d’une certaine démagogie pour se faire accepter, elle ne doit pas pousser cette démagogie jusqu’à créer ce que les États italiens et allemands ont utilisé pour parfaire leur unification : le fascisme.

La question est essentielle dans le cadre d’une démocratie que l’on met entre parenthèses le temps de proclamer l’indépendance et de l’asseoir sur des bases solides. Si un Pier-Karl Péladeau traite la population québécoise comme il traite ses employés, c’est un bien mauvais départ. C’est une maladie congénitale du Parti Québécois de mieux aimer l’État du Québec que les Québécois, peuple déjà dévoré depuis leur expérience coloniale par une haine de soi pathologique. Autant dire qu’un «dictateur» qui érigerait son État sur cette haine de soi aurait bien de la difficulté à parvenir à ses fins. Le narcissisme positif et sadique d’un individu, si fort soit-il, si riche soit l’individu, ne suffirait pas à vaincre le narcissisme négatif d’un peuple dont le comportement a toujours été motivé par des réactions masochistes.

Les résultats culturels des entreprises Québécor sont plutôt lamentables : des émissions télévisées démagogiques, centrées sur l’appât du gain dans des contextes de vulgaires niaiseries; des télé-réalités de plus en plus trash; des journaux où scribouillent des journalistes barbares, méprisants, réactionnaires, vulgaires mêmes; des journaux à potins qui étalent la pure imbécillité de vedettes trop souvent médiocres, Ce sont les pires côtés de la nature humaine que les produits Québécor exploitent culturellement (Occupation Double, le Banquier, Star Académie) et si l’Indépendance devrait arriver par un quelconque Parti Québécor, elle y arriverait sans noblesse ni dignité. Mais ce ne sont pas là des règles éthiques relevant du politique.

Bref, la substitution de la démocratie par la démagogie est un processus avancé au Québec, il encourage aussi bien la réaction nationaliste que fédéraliste. Le jugement critique ayant foutu le camp, plus rien ne s’oppose, de l’intérieur, à un mouvement d’opinion solide contre une action unilatérale d’un coup d’État. Il suffirait de le vouloir pour le réussir. En ce sens, la suspension de la démocratie serait plus facilement acceptée des masses que la mince frange qui se scandaliserait du coup de force serait condamnée avant même de s’exprimer. Si les clercs restés fidèles à l’éthique d’un Julien Benda oseraient manifester leurs voix, celles-ci se perdraient vite dans le désert de conscience qu’est le Québec. Pour les manifestants de rue, une bonne police exercée sous la gouvernance des Libéraux est toute prête à les masser dans les paniers à salade.

Le Québec, monarchie constitutionnelle ou république? La crise actuelle qui confond laïcité avec valeur québécoise affirme déjà le choix républicain. Dieu ne fait pas partie de la Constitution américaine, ni de la Constitution française. La division de l’Église et de l’État est chose acceptée. Le Québec n’a pas besoin de Sénat, puisqu’il vit depuis un demi-siècle avec une seule Chambre. Le centralisme démocratique d’un Péladeau exigerait un statut présidentiel équivalent à celui de la présidence américaine. Si Sénat il devait y avoir, comme l’avait anticipé le gouvernement de Jacques Parizeau en 1994, avec des députés-représentants des différentes régions, ce serait un Sénat à l’américaine, en vue de compenser les déficits démographiques des régions. En tant que gouvernement néo-conservateur, rien ne changerait dans les dispositions du code civil ni du code criminel anglais. Bref, l’indépendance du Québec accomplie par le Parti Québécor serait un pays néo-libéral, républicain, conservateur. Il est indéniable qu’à l’exemple des nationalités européennes, le coût de sa naissance serait entièrement assumé par ses citoyens. Et ceux qui en tireraient les avantages appartiendraient à une élite en quête de décolonisation, à l’image de leur chef spirituel et militant.

Conclusion

Doit-on espérer en ce coup d’État? Oui. Doit-on le laisser accomplir par un Pier-Karl Péladeau? Si ce n’est pas possible de faire autrement : et dans les conditions actuelles du Québec, il semblerait que ce ne soit pas possible, alors le choix n'en sera que plus déchirant. On ne peut certes attendre cette action d'un parti comme Québec-Solidaire avec son oxymoron de «L'indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement l'indépendance», ce qui témoigne d'une autre veulerie de la gauche québécoise. Pier-Karl et Julie, les Jetson, ont leur Robote en Pauline Marois, ambitieuse mais sans habiletés politiques qui en ferait une véritable chef d'État. Elle ne possède pas le sens de l’État, seulement ses apparences de «bon gestionnaire» et ses goûts précieux. Elle ne sait pas quelle politique économique choisir. Avance et recule comme une automobiliste qui ne sait pas où elle s’en va. Ses idées sont obscurément claires. Ses actes politiques d’une vision aveugle. Pour le moment, derrière une petite femme se cache un grand homme, un grand homme qui me déplaît souverainement. Qui porte en lui tout ce que je hais le plus au monde. Mais c’est lui que Robote risque de servir par ses valses hésitations politiques. Décidément, comme aurait dit – mais qu’elle n’a pas dit – la Vierge de Fatima : «Pôôôvre Québec!»⌛

Montréal
27 octobre 2013

5 commentaires:

  1. Intéressant essai de politique fiction. Il est vrai que la chefferie du PQ sera à saisir après le départ de Pauline Marois.
    Pour le reste, je suis médusé à bien des égards par votre texte.
    Il est tout de suite, bien des choses que les dirigeants de l'État québécois peuvent faire, même dans le cadre fédéral actuel pour marcher vers la souveraineté politique. Nous sommes effectivement à l'ère du fédéralisme, un fédéralisme qui peut prendre plusieurs formes et qui ressemble bien peu au fédéralisme canadian actuel.
    Daniel

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  2. J'ai lu ton texte avec grand intérêt mon petit professer préféré.

    Je comprends bien le lien avec les Jetson's. En avril dernier on apprenait que Pauline Marois avait choisi Pierre Karl Péladeau pour présider le conseil d'administration d'Hydro-Québec. Force est de constater que c'est avant tout mossieur Péladeau qui a choisi ce poste.

    De plus, le Devoir indiquait en octobre dernier que Pier-Karl avait eu un accès probablement privilégié à un conseil restreint des ministres. Quand ce dernier s'invite quelque part, a-t-on le choix de lui refuser l'admission ?

    Par contre, si c'est par lui que l'Indépendance pourrait passer, qu'on le laisse continuer à mettre ses pions.

    Je suis d'accord qu'on ne peut plus faire l'indépendance du Québec démocratiquement, Bourassa s'étant écrasé lors de la seule opportunité qui a été offerte au Québec de marcher vers son indépendance (on se souviendra de l'affaire Tremblay et Wilhemly). Un coup d'état oui, en espérant que le sang ne coulera pas. Par contre comme tu écris, le fédéral serait bien mal vu internationalement d'envoyer ses troupes de petits hommes verts (militaires).

    Il est vrai à mon sens que c'est économiquement que ça pourrait se faire uniquement, en allant chercher des pays en ce sens pour appuyer la Souveraineté du Québec. La France de toute façon n'est plus intéressée, il est loin le temps du fameux "Québec libre" de De Gaule, et en plus on ne sait pas s'il était sérieux (je parle pour moi du moins). Un fait cocasse est que lorsqu'il s'est adressé à la nation sur le balcon de l'Hotel de Ville, on avait caché tous les micros mais ce dernier avait demandé qu'on lui amène des micros, ce qui fut fait.

    Depuis, Sarko et Hollande sans montrer leur désaccord n'ont pas trop démontré de chaleur face au projet souverainiste du Québec. Harpeur est leur ami.

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  3. En effet, la souveraineté en faveur des élites nationales domine toujours la place publique (voir Parti Québécor sur Facebook). C'est le piège dans lequel les partis indépendantistes (y compris QS) tombent volontairement et par complaisance. Ils ne veulent pas regarder l'histoire moderne qui dessine un fédéralisme de plus en plus souple et qui (malgré deux référendums) a accordé plus d'autonomie au Québec "par la porte arrière" que celle dont les premiers souverainistes n'auraient jamais osé rêver!
    De plus, la Déclaration de Sherbrooke (NPD) ouvre la porte à une prolongation et une systématisation de de cette même souplesse pour l'avenir et pour une démocratie plus forte.
    Ne nous livrons pas encore une fois entre les mains des élites nationales.

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